Fosco et Donatello Dubini, Tessinois nés à Zurich, proposent un voyage vers une vallée afghane, via la Turquie et l'Iran où, miraculeusement, tout le monde parle allemand. Intitulé Die Reise nach Kafiristan, le film épouse le regard sec de l'ethnologue genevoise Ella Maillart et la douloureuse excentricité de sa compagne de route, la Zurichoise Annemarie Schwarzenbach. Il effleure avec subtilité le trouble érotique naissant entre les deux femmes, incarnées par un excellent duo d'actrices, Nina Petri et surtout Jeanette Hain, qui compose une Annemarie libre, garçonne, fantasque et lugubre. La plupart des textes lus à l'écran sont ceux de l'héritière zurichoise.

Le film creuse les différences entre les deux voyageuses. «Tu aimes le pouvoir, moi je n'aime que l'impuissance», affirme ainsi Annemarie, qui cherche à se fondre dans un ailleurs. «Je ne m'éloigne que pour me rapprocher de moi-même», réplique la solide Ella, qui veut aussi ignorer la guerre en cette année 1939. Les plus belles scènes sont les plus statiques, dans un camp nomade, Ella parlant couture sous la tente des femmes et Annemarie reçue chez le chef et lui offrant un couteau suisse. Mais le film souffre d'asphyxie narrative, et on rêve à ce qu'un Richard Dindo aurait pu apporter à la légende si joliment figée de ces deux aventurières.