Critique: «Le Kung-Fu», Vidy-Lausanne

Dieudonné Niangouna, le cinéma ne lui réussit pas

Pour recevoir, il faut donner. Dieudonné Niangouna semble avoir oublié ce principe de base dans sa dernière création, Le Kung-Fu, dont la première a eu lieu mardi à Vidy. Durant le spectacle, il reproche au (maigre) public d’être transparent, amorphe, réticent? Le conteur congolais, qui a épaté critique et public en racontant comment il a échappé à la mort lors des guerres de son pays, apparaît lui-même éteint, démobilisé, absent.

Pourtant, l’homme de théâtre parle d’un sujet qui lui tient à cœur. Il raconte comment le cinéma en général et les films de kung-fu en particulier l’ont façonné. Et il a cette idée, séduisante, d’avoir refilmé à Lausanne les scènes clés de ses classiques préférés… Mais tout reste étrangement plat dans ce spectacle. Le récit, encombré par des considérations nébuleuses sur l’écriture, ne prend pas.

Dieudonné Niangouna. Homme-planète, homme-univers. Aussi bien auteur, acteur que fondateur d’un festival international à Brazzaville et chanteur à l’identité joliment mélangée dans Sans doute, oratorio ébouriffant orchestré par Jean-Paul Delore au Festival d’Avignon, en 2013 (LT du 23.07.2103). Un festival où, la même année, il a présenté Shéda, une fresque qui a enflammé certains, désarçonné d’autres.

Pour beaucoup de Romands, Niangouna, 39 ans, est le conteur syncopé, allumé, tranchant comme l’acier d’Inepties volantes, au Théâtre Saint-Gervais, à Genève, en 2011 (LT du 20.01.2011). De son verbe abrasif et accidenté, il faisait vivre les trois guerres civiles que son pays, le Congo-Brazzaville, a traversées entre 1993 et 2000. Population acculée, factions hystériques, fuite hasardeuse dans la forêt, exécutions sommaires: la langue éloquente et le corps cabré du comédien s’associaient pour dire l’arbitraire de la guerre.

Difficile de croire que c’est le même artiste à l’œuvre dans Le Kung-Fu, même si, à Vidy, Dieudonné Niangouna retrouve Vincent Baudriller qui l’avait associé à la programmation du Festival d’Avignon en 2013. Bien sûr, la guerre a ses urgences que le récit de vie n’a pas. Bien sûr, le cinéma pose des questions compliquées autour de la fiction, du personnage, de l’identité… A cet égard, le passage sur la V.O. qui, au Congo, équivaut forcément au français, est hilarant.

Mais le tout manque de caractère, d’envie. Qu’il livre des anecdotes sur les acteurs préférés de son frère, qu’il parle écriture ou qu’il dresse la (longue) liste des films de kung-fu qu’il aurait pu tourner si son père l’avait envoyé en Chine, le narrateur use de la même voix atone, morne, à la limite de l’ennui… Du coup, les extraits de films rejoués par les acteurs du cru font très amateur. Du coup, aussi, lorsque Niangouna demande au public de slamer avec lui sur un texte de sa composition, la participation est plus que molle. L’audience ne peut être blâmée. Le manque de générosité n’est pas de son côté.

Le Kung-Fu, jusqu’au 22 fév., Vidy-Lausanne, 021 619 45 45, www.vidy.ch