Auteur d'essais sur Proust, traducteur de l'italien et écrivain qui a fait de Mitterrand un personnage de roman, Thierry Laget est avant tout un amoureux des livres. L'essai qu'il dédie «à des dieux inconnus» tente de remonter aux sources de cette fascination, donc à l'enfance, quand il était «ce petit garçon de Clermont-Ferrand qui marche en donnant la main à sa mère»: longeant en sa compagnie le mur de l'hôpital des fous où elle travaille, lui qui ne connaît pas encore l'alphabet, il lit «le récit du mur, sa phrase, son rythme, son coloris». Le mur de l'école qui sépare le préau des filles de celui des garçons, plus tard la muraille noircie de la vieille Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, lui ont appris que, «comme le livre, le mur doit être lu pour exister». Du Merveilleux Voyage de Nils Holgersson aux lectures de son adolescence (Dumas, Apollinaire, Baudelaire), il garde un souvenir vivace de leur apparence, reliée ou illustrée: «Comme l'objet de désir ou du manque, le livre a un regard, un sourire, une odeur.» Saint Augustin, Benjamin Franklin, Charles Nodier, Flaubert, le grand Vieusseux de Florence (né à Genève), traversent ces pages à l'érudition gourmande.