Exposition

«Dieu(x), modes d'emploi»: à Palexpo, un pèlerinage au cœur de la foi

Objets de culte, maquettes mais aussi témoignages et pièce de théâtre, l’exposition tout juste inaugurée dans la Halle 7 propose un parcours thématique pour comprendre comment on vit la religion autour du globe. Visuel et inspirant

Habituellement, elle accueille des bolides rugissants, des tyrannosaures menaçants ou des tombeaux pharaoniques. Cette fois, la halle 7 de Palexpo consacre ses vastes espaces à un sujet légèrement plus délicat: la foi.

«Présenter l’expérience religieuse dans ce qu’elle a d’universel et de particulier»: telle est la devise de Dieu(x), modes d’emploi, grande exposition qui entend porter sur le divin un regard à la fois laïque et contemporain. Pas d’explications de texte coranique ou d’histoire biblique ici. Ce sont les pratiques religieuses, concrètes et diverses, qui ont été mises en scène à l’aide d’objets, de photos et vidéos, mais aussi d’œuvres d’art.

Conçue à Bruxelles en 2006 déjà, l’exposition a depuis voyagé à Paris, Québec ou Varsovie. Cette halte de trois mois à Genève, ville internationale et multiconfessionnelle, tombe peu après l’adoption de la nouvelle loi sur la laïcité, «qui précise la cohabitation entre les nombreuses religions pratiquées à Genève», souligne Isabelle Graesslé, théologienne et présidente de l’association qui a co-organisé la venue de l’exposition au bout du lac.

Vierge et chat chinois

Faire cohabiter toutes les religions dans un seul et même espace, afin de mettre en lumière leurs points communs, c’est justement l’objectif de Dieu(x), modes d’emploi. Un parcours thématique scindé en onze chapitres qui explore les divinités, les rites de passage, les cultes ou encore les rapports au corps du christianisme, du bouddhisme, de l’islam, du taoïsme…

A l’entrée, on est accueilli par une icône de Vierge à l’enfant, voisine d’un Ganesh aux fines dorures, d’une figurine de lemanja – déesse de la mer brésilienne – et de Maneki Neko, ce chat à la patte levée qui offre protection et prospérité aux Chinois. Tout au long de l’exposition, les confessions seront placées sur un seul et même plan, et examinées en parallèle.

Lire aussi l'interview du concepteur de l'exposition:  Elie Barnavi: «L’Europe est une mosaïque des religions. Elle doit réussir à les faire coexister»

Judicieux choix de scénographie. Car mis côte à côte, les objets révèlent tout leur sens, la force de leur symbole. Le drapeau tibétain, par exemple, voit le vœu qui y est inscrit s’exaucer lorsque le vent l’a complètement effacé. Chez les chrétiens, c’est la flamme de la bougie qui symbolise la prière montant aux cieux. Quant aux chapelets islamistes et hindous, ils sont quasi identiques: seul un pompon vient ici remplacer une croix.

Les dieux ne sont pas tous des êtres supranaturels. On rencontre aussi un buste de Staline, auquel le peuple russe a voué un véritable culte, et même des babioles à l’effigie… d’Elvis Presley. Saviez-vous qu’il existe une église à son nom? L’Eglise presleyterienne d’Elvis le divin. Sa devise: «Elvis a un amour brûlant pour quiconque croit en lui.» Des fidèles se découvriront peut-être.

Théâtre de la violence

Maquette de synagogue, bouteille d’eau bénite, tenue de pope orthodoxe… on contemple le religieux plus qu’on ne le lit dans Dieu(x), modes d’emploi. Parfois, on regretterait presque un manque de contexte, d’approfondissement, surtout pour qui espérait un genre de cours de catéchisme en condensé. Et pas de trace non plus des pratiques des millennials, type rock chrétien ou apps religieuses.

Mais l’exposition ne veut pas jouer au savant. Plutôt, elle nous emmène en pèlerinage à la rencontre de ceux qui croient. Un voyage coloré et non exhaustif, avec quelques moments de grâce. Comme ces témoignages d’anonymes, sur des écrans vidéo, qui partagent en quelques mots leur vision de l’au-delà – peurs et doutes compris. Ou cette salle où résonnent des extraits sonores du monde entier, mariant musique de messe, clochettes et chants traditionnels dans une harmonie insoupçonnée.

Ponctuant la visite, les œuvres d’art contemporain offrent des éclairages subjectifs inspirants. Mais la véritable originalité de l’exposition se trouve en son cœur: un petit théâtre où se joue une pièce de vingt minutes sur le thème de la violence religieuse. Trois comédiennes genevoises et une belge, sur fond de ruines fumantes, incarnent tour à tour les victimes et auteurs de crimes commis au nom de Dieu – de la guerre russo-japonaise de 1904 à un attentat suicide à Jérusalem en 2002. «On a beaucoup tué au nom de Dieu, ou de l’idée que les humains se sont fait de Dieu», scandent les comédiennes. Un douloureux rappel du potentiel destructeur de la religion, qui a ses fidèles mais aussi ses fantômes.


«Dieu(x), modes d’emploi», jusqu’au 19 janvier 2020 à la halle 7 de Palexpo. Entrée libre. www.expo-dieux.ch

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