«Je suis le trône du pape. Je représente la chrétienté, et toute sa puissance. Depuis des siècles, les hommes se sont battus, égorgés, pour me prendre, ou me récuser. Dieu sait combien de cadavres j’ai pu voir autour de moi, mais jamais autant qu’en cette époque extravagante où fleurissait le sang doré des Borgia.» Ceci n’est pas une voix off de Borgia, la série initiée et montrée – avec succès – par Canal + cet automne, ni de sa concurrente d’origine américaine que TSR1 vient de diffuser. Il s’agit des premiers mots de Les Borgia ou Le Sang doré, grosse production télévisuelle de 1977 (1800 figurants italiens et 610 chevaux, apprend-on), lancée par Antenne 2, éditée en DVD par Koba.

Les deux fictions dévoilées ces temps ont leur assise patrimoniale. Le feuilleton de 1977 jouissait d’une caution littéraire: Françoise Sagan, qui coécrivait et soignait – c’est-à-dire acidifiait – les dialogues. Je pourrais gloser sur les différences de représentation des Borgia, à 34 ans d’écart; la vision 2011 s’illustrant par le sang, le sexe, les violences en tous genres… En 1977, il y avait pourtant, déjà, grande collection de jolis seins exhibés, une débauche sur le service public monopolistique.

En fait, l’approche est demeurée la même. La dynastie sulfureuse sert de pâte à modeler au service de tragédies mêlant église, pouvoir, inceste – fort mis en avant alors par Françoise Sagan – et géopolitique. Par des répliques qui, aujourd’hui, peuvent paraître anodines, la série de 1977 croquait les soutanes avec férocité («Alexandre, arrête d’invoquer Dieu à tout instant», lance au pape Rodrigo… sa maîtresse). En 2011, on montre davantage; mais aussi, on démontre mieux. Passé les parties de jambes en l’air, la lecture actuelle se révèle plus pédagogique, notamment sur les manœuvres politiques de la papauté.