Thomas Huber (né à Zurich) est un peintre de la peinture. Il y croit dur comme fer, dût-il être le dernier. Dans ce «Grand départ», la situation se présente sous des auspices défavorables. Un arroseur (le peintre peut-être, dans ce cas arrosé) provoque l’inondation d’un atelier où ces grandes toiles dont on ne voit que le verso, rappellent une performance célèbre de Murakami en 1955 (année de naissance de Thomas Huber). L’artiste japonais, membre du groupe Gutaï, avait traversé d’un saut de samouraï une dizaine de chassis recouverts de papier dont il ne reste désormais que les dépouilles déchirées.

Peindre, comme le fait Thomas Huber avec une grande efficacité, et surtout peindre des choses reconnaissables sans y apporter de déformations expressives, n’est pas une sinécure dans le monde de l’art aujourd’hui. Thomas Huber tient bon, même si, dans ce tableau, l’atelier semble coupé du dehors dont on perçoit la lumière vive par la porte entrouverte. Il faudra bientôt la franchir, si l’arroseur continue son travail. Abandonner les toiles à leur sort.

Mais Thomas Huber n’est pas qu’un peintre de la peinture. Il ne se contente pas de figurer l’atelier où, depuis des siècles, s’étaient inventées nos manières de voir, le laboratoire de la vision et des représentations. Il s’en sert pour tenter de décrypter l’espace qui vient, la ville telle qu’elle se développe, la déambulation telle qu’elle est conditionnée, et ce que la peinture peut en dire. Dans une pénombre, si l’on en croit cette toile, qui n’incite pas à l’optimisme.

> Le site de Thomas Huber > Le site de sa galerie en Suisse romande