Scènes

Dimanche au Paléo, le double couronnement du classique

Depuis ses débuts, le festival veut démocratiser le genre en proposant des œuvres symphoniques au grand public. Un rendez-vous qui séduit de plus en plus, au point de présenter, cette année, deux concerts au lieu d’un

Il y a ceux qui visent les feux d’artifice. Ou ceux qui ne jurent que par la pop mythique d’Indochine. Ceux qui veulent clore leur semaine en beauté ou tester un dernier food truck avant la rentrée. Et puis il y a ces festivaliers qui choisissent ce jour spécifique pour vivre à Nyon un moment de grâce symphonique.

C’est une tradition: dimanche après-midi, le Paléo se met en mode classique. Un rendez-vous aussi vieux que le festival et instauré à l’époque par Daniel Rossellat, qui souhaite ouvrir ce genre musical à un public de non-initiés. Et si tout le monde ne croit alors pas en la pérennité de son idée, force est de constater que, quarante ans plus tard, les lutrins ont encore leur place sur la plaine de l’Asse.

Bouchées doubles

Et ils semblent séduire chaque année davantage. «Ces dernières éditions, le festival a réalisé qu’il y avait un vrai public pour ces concerts, estime Michel Veillon, responsable de la programmation classique du Paléo depuis douze ans. Les gens s’arrangent pour être là à 17h et s’assoient par terre pour écouter.»

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Fruit d’une stratégique de sélection des œuvres, l’atmosphère à la fois décontractée et poussiéreuse du festival ne convient pas à toutes les partitions. «Les gens ne veulent pas découvrir de la musique contemporaine, note Michel Veillon. Il faut leur proposer du spectacle, quelque chose qu’ils reconnaissent.» On doit notamment au programmateur ce show mené par l’Orchestre de Chambre de Genève l’an dernier, sorte de medley des plus grands tubes classiques de l’histoire. Un succès.

Alors cette année, le Paléo met les bouchées doubles avec un programme qui compte, pour la première fois, deux rendez-vous virtuoses: les sœurs Camille et Julie Berthollet, jeunes prodiges des cordes au répertoire éclectique et à l’énergie électrique, viendront dynamiter les Arches avant que la Grande Scène n’accueille le puissant Stabat Mater de Rossini. Tirée d’un poème médiéval, la pièce raconte la souffrance de Marie devant la croix. Pas des plus gais pour lancer la soirée? «Au contraire, c’est une œuvre forte en émotions, avec des airs d’opéra et des passages a cappella», souligne le chef de chœur Pascal Mayer.

Décloisonner la musique

C’est à lui que reviendra la tâche de mener le Stabat Mater et son solide casting. A côté de l’Orchestre de Chambre fribourgeois et des solistes, ils seront plus de 150 choristes sur scène, issus de trois formations fusionnées pour l’occasion: le Chœur Pro Arte, le Chœur de Chambre de l’Université de Fribourg et le Chœur du Collège Sainte-Croix de Fribourg.

Les chanteurs, de 15 à 80 ans, sont ravis de faire partie de l’aventure nyonnaise. «Certains jeunes y sont bénévoles, d’autres ont expressément demandé à leurs parents de ne pas partir en vacances à cette date-là», se souvient Pascal Mayer, lui-même enthousiaste et confiant, le Paléo assurant toujours une amplification sonore de qualité.

Car Pro Arte n’en est pas à son premier tour de terrain. En 2001, la formation lausannoise présentait sur la plaine de l’Asse Le roi David d’Honegger sous la direction de son fondateur André Charlet. Décédé depuis, il entretenait avec le festival une relation particulière. C’est en effet en s’inspirant des premières éditions du Paléo qu’il décide de créer en 1978 la Schubertiade, fête populaire et itinérante autour de la musique classique. Avec dans l’idée, lui aussi, de décloisonner ce genre considéré trop souvent comme élitiste.

«Aujourd’hui, le mélange des genres est plus commun», se réjouit Michel Veillon. Les temps changent, mais le Paléo poursuit son engagement pédagogique dans le domaine du classique. En mettant par exemple un instrument différent en avant chaque année. L’an prochain, on vous prévient, la contrebasse pourrait être sacrée reine de l’Asse.


Stabat Mater, dimanche à 18h15, Paléo Festival de Nyon

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