«Bon, vous voulez que je vous raconte tout? Vous voulez tout savoir?» A un moment, Di-Meh extrait un téléphone de sa doudoune bleu Majorelle estampillée de son nom et du croissant étoilé marocain: «Voici la photographie de mon grand-père. Même ma mère ignorait que son père était Noir.» C’est l’image d’un jeune homme sépia, en uniforme militaire, minuscule moustache carrée, il porte sa coiffe Fez de travers, il semble n’avoir peur de rien sinon de l’oubli. «J’étais persuadé qu’il y avait un truc chelou, un secret, avec mes grosses lèvres et tout. Maintenant c’est confirmé.»

On connaît Di-Meh, Mehdi Belkaïd, depuis presque dix ans, depuis ses premiers raps, il était un adolescent grandi trop vite, une petite référence dans le milieu du skate, de la rime agile, des soirées longues, il passait déjà sa vie entre Genève et Paris, et aussi Madrid, Amsterdam, à fabriquer sa légende de tribun sur Instagram (près de 100 000 followers) et de colosse scénique. Et puis, on est parti avec lui au Bénin, il enlevait son débardeur sur la plage de la Porte des Esclaves: tatouage sur le torse qui représente le continent africain. Il était le plus ému de la bande, davantage que Slimka ou Varnish La Piscine dont les parents sont pourtant de cette Afrique-là.