Rick et Cindy vivent dans les égouts de Las Vegas; ils ont Lalo le Parrain pour voisin. David squatte un bunker abandonné dans le désert californien. April s’entraîne dans le désert de l’Utah en prévision d’une future mission sur la planète Mars. Ce quintet de losers sont les héros d’Above and Below. Acclamé dans une trentaine de festivals internationaux, le film de diplôme de Nicolas Steiner pour l’Académie de cinéma du Bade-Wurtenberg, a décroché deux quartz au Prix du cinéma suisse, Meilleur documentaire et Meilleur montage.

Né en 1984 à Tourtemagne (VS), passionné de musique, Nicolas Steiner a étudié le cinéma et l’ethnologie au Danemark, à Zurich, en Allemagne et à San Francisco. Après trois courts-métrages, il a signé un premier long remarqué, Combat de reines. Un peu malhabile dans sa façon d’insérer une touche de fiction dans le documentaire, ce film magnifie en noir et blanc et avec des ralentis HD les affrontements bovins dont le Valais est friand.

Avec Above and Below, l’ambitieux jeune cinéaste a voulu approcher trois archétypes américains: les cow-boys, les fantômes et les extraterrestres. Soit les incarnations du passé (la Conquête de l’Ouest), du présent (les victimes de la crise) et de l’avenir (la conquête de l’espace). Soit «la tentative prudente d’un regard rétrospectif et prospectif sur les conditions d’existence de l’Homme, sur sa manière de respirer et de s’adapter».

Une vie de rat

Au bal des paumés, chacun a sa façon de mettre sa tête dans les étoiles. En fumant du crack, en invoquant Dieu ou en toisant le cosmos. Cindy et Rick sont amoureux et se balancent parfois des bouteilles à la figure lorsqu’ils forcent sur les substances psychotropes. Il deale un peu, on apprend qu’elle a eu une flopée d’enfants. Les conditions de leur chute restent hypothétiques et sans doute banales. Ils mènent la vie des rats, récupérant dans les poubelles les objets et les restes de nourriture qui amélioreront leur ordinaire au fond des égouts.

David conduisait des camions; il a été marié à une junkie qui vidait son compte en banque. Il s’est retiré dans le désert. Il brûle les fourmis de feu, cherche des fossiles, joue de la batterie, ne rate jamais un coucher de soleil, car on ne peut savoir si c’est le dernier.

Fille d’un biker qui a pris le large lorsque sa mère s’est retrouvée enceinte, April s’est toujours sentie de trop. Elle a fait la guerre en Irak. Elle redoute les effets de la surpopulation sur l’avenir de la planète et rêve de migrer sur Mars. Dans le désert, elle crapahute en compagnie de quelques utopistes en combinaison de la NASA en attendant de larguer les amarres.

Des vaches sur Mars

Nicolas Steiner a fait un beau travail d’immersion. Il témoigne d’un indéniable sens de l’image. En attestent la façon cubiste de filmer un poisson crevé de face et de profil par son reflet dans l’eau, la petite galaxie de fibres optiques illuminant le souterrain, la baguette magique plantée dans la poche arrière de Cyndi ou la tournée d’Halloween qu’elle effectue déguisée en Gandalf pour grappiller quelques sucreries, mais aussi une grande scène comme la crue de la rivière emportant les maigres possessions des habitants du tunnel. Il ne manque pas d’humour: ainsi les pionniers de la planète Mars croisent dans les plaines rouges les vaches de Combat de Reines. Interprétée live par un trio de musiciens berlinois, réunis sous le nom de The Paradox Paradise, la musique est remarquable, prenante, parfois exaltante, sans être envahissante.

Mais Above and Below s’avère trop long, trop hétéroclite. Il manque de rigueur dans la construction et le montage. Les parties avec les habitants du tunnel sont les plus originales. Les autres ressemblent à des chutes de deux grands documentaires, Marsdreamers, de Richard Dindo, qui s’intéresse aux fous de Mars, et Below Sea Level, de Francesco Rosi qui va à la rencontre d’une petite communauté de laissés pour compte dans le désert californien.

Par ailleurs, la dimension symbolique manque de finesse. A la fin, Cyndi et Rick font un tour en Grand Huit, David tape ses futs dans le désert, April gravit une réplique terrestre du Mont Olympus. On a compris la morale: dans la vie, il y a des hauts et des bas et, comme le rappelle l’ultime plan, le canard qui a plongé finit par refaire surface.


Above and Below, de Nicolas Steiner (Suisse, Allemagne, 2015), 1h58.