Une fanfare sur un label parfaitement urbain. Tôt ou tard, cela devait arriver. Après la mise en trône du Dirty Dozen Brass Band, ensemble néo-orléanais aux entournures larges, le déplacement de l'orchestre de cuivres du village au bitume paraît évident. Un Brass Band de sang frais, donc, chez Ozone, maison new-yorkaise associée au très rap Def Jux Records. Center: Level: Roar s'ouvre sur la respiration d'un soubassophone mêlée au flux d'un scandeur hip-hop. D'emblée, cela sonne incandescent. Partout, les bignous s'emballent, s'arrangent, s'écrabouillent sur lit de voix. Il y a de l'improvisation jazz, des rythmiques funk dur, des partis pris de composition à déterrer les bands marchant de l'Amérique profonde. Les fanfares sont aujourd'hui top tendance, de Cotonou au Rajasthan et à Rio. Cela s'explique en partie par leur essence lo-fi, leurs ratés impeccables et leur flamboyance bancale. Toutes qualités de perfection contrariée et d'énergie évacuée qui résonnent avec une époque lasse de tant de musique infaillible. YoungBlood Brass Band s'inscrit dans une poétique de la ville comme lieu de rassemblement par excellence (voir la part cubaine, swing, afrobeat, rap de cet album). Fusions où, sciemment, les coutures sont apparentes. Miraculeux patchwork à malices.