Un enfant qui perd ses parents est un orphelin. Un parent qui perd un enfant n’a pas de nom. Bellinda Canone et Christian Doumet ont proposé à une quarantaine d’écrivains d’écrire sur ces trous, ces lacunes de la langue française. Claire Tencin se penche sur l’absence de mot pour dire « l’homme que j’aime » et qui n’est ni un mari, ni un concubin, ni un compagnon, ni encore un ami. Une femme libre qui aime un homme libre, avec quel mot peut-elle le présenter ?

Didier Pourquery aborde le manque de mot pour un parent en deuil d’enfant. Lui-même a perdu l’une de ses filles en 2007. La mort d’un ou plusieurs enfants a longtemps été trop banal pour nécessiter un terme. Mais aujourd’hui ? « Cela n’a pas de nom parce que des milliers de mots ne suffisent pas à le dire », conclut l’ancien rédacteur en chef du Monde.

Le poète François Deblüe note l’absence de mot pour l’odeur qui annonce le retour du printemps, « cette odeur sans odeur », « une odeur d’eau fraîche venue de sous la terre ». Cécile Ladjali (lire aussi ci-dessus) évoque le crissement de la neige sous les pas. Au poète James Sacré, il manque la possibilité de pouvoir passer du féminin au masculin et inversement pour les noms d’animaux : il aimerait beaucoup l’hirondeau et l’étournelle.

Dictionnaire des mots manquants, dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, Editions Thierry Marchaisse, 212 p.