Le procès d’Hervé Falciani s’est achevé par une lourde condamnation à 5 ans de prison. L’accusé avait battu tous les records de volume de données bancaires jamais soustraites à un établissement suisse. A coups d’apparitions dans les médias, où, après avoir multiplié les versions, il s’était finalement arrêté à la plus avantageuse, celle du preux lanceur d’alerte, il était devenu en quelque sorte un symbole.

Honni par les uns pour ses affabulations, ses impostures, ses théories absconses, sa propension à dissimuler un opportunisme trivial sous le masque d’un Robin des Bois, il était reconnu par d’autres pour avoir, malgré tout, mis au jour les pratiques d’évasion fiscale aujourd’hui en passe d’être abandonnées par la place financière suisse, y compris par HSBC.

Pour la justice suisse, tout l’enjeu était de dire le droit sans céder au manichéisme engendré par la personnalité de l’accusé. Et sans avoir l’air de se venger de l’impudence avec laquelle il a snobé ses juges, les estimant incapables de rendre une justice équitable alors même qu’un sauf-conduit lui avait été offert pour comparaître sans risque d’être arrêté.

La tâche des juges était d’autant plus délicate que la légalité formelle à laquelle tout tribunal est tenu pouvait paraître ne pas coïncider avec une sorte de légitimité morale s’appuyant sur la fin du secret bancaire et le vaste mouvement qui, partout, cherche à mettre un terme à l’évasion fiscale. A juste titre, le tribunal ne s’est pas aventuré sur ce terrain, qui n’est pas le sien. Son verdict reflète une application rigoureuse de la loi et tire les conséquences du fait que le droit suisse, pas plus que celui d’aucun autre Etat, ne peut tolérer un comportement tel que celui d’Hervé Falciani. La fin du secret bancaire, il est important de le souligner, n’y changera strictement rien.

Aujourd’hui, Hervé Falciani est condamné. Pour lui, ce verdict n’aura pour conséquence immédiate que de continuer à limiter ses déplacements aux pays où il ne risque pas d’être arrêté. L’homme, lui, restera une énigme.