Chaque semaine de l'été, «Le Temps» s'arrête sur ces «nouveaux» usages du français qui nous étonnent, voire nous horripilent.

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En mars 2010, sur le forum de discussions Etudes-litteraires.com, on s’écharpait sur la licéité de l’emploi de la formule au final. Blumroch, un des intervenants (son avatar est un chaton trop chou), tuait le match avec le commentaire suivant: «Au final et au départ sont des expressions journalistiques, héritées du langage des sports, qu’il est assez mal venu de coucher par écrit. Mes professeurs de lettres ne nous les pardonnent pas!» Prends ça dans ta face, le journaliste.

Voire. Au Monde ou au Figaro, on proscrit cet emploi – c’est du moins ce que disent les différentes chroniques qui ont été consacrées au sujet. Ce faisant, les deux rédactions reprennent l’injonction de l’Académie française: «On fait de l’adjectif final un substantif dans la construction au final, grammaticalement fautive, qui se répand sans que rien la justifie. On dira donc: Finalement, en dernier ressort, en dernière analyse, qu’en pensez-vous? On ne dira pas: Au final, qu’en pensez-vous?»

On pourrait s’amuser à rétorquer aux Immortels que la substantivation d’un adjectif est un phénomène assez courant dans la tectonique des langues – «Quel est donc ce froid que l’on sent en toi?», chantaient les Rita Mitsouko. On pourrait aussi dire à Didier Pourquery, chroniqueur du Monde parti en croisade contre au final, que la périphrase qu’il propose, en définitive, est issue d’un mécanisme passablement similaire.

Et donc, qu’est-ce qui cloche ici? On ne sait trop – étant entendu qu’on a tendance à penser qu’une formule qui offre du sens ne peut être abruptement accusée de fausseté. Mais une piste, peut-être, apparaît: on dit en effet souvent d’au final qu’il est un calque à la fois récent et abrupt de l’anglais (in the end) ou du latin (in fine). C’est vrai qu’on en trouve peu d’occurrences anciennes. Ce serait donc un migrant; on verra de quelle manière il s’assimile.