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La victoire de Lena à l’Eurosong 2010, samedi soir à Oslo, ne souffre d’aucune contestation possible. Le vote dit «ethnique» a vécu

Avec son très syncopé «Satellite», la jeune Allemande de 19 ans Lena a remporté haut la main, samedi soir à Oslo, la 55e édition du Concours Eurovision de la chanson. Forte de 246 points, elle était incontestablement la meilleure des interprètes représentant les 25 pays finalistes, puisqu’elle devance largement ses dauphins: le groupe déjanté de la Turquie (170 points) et le très stimulant duo roumain (162 points).

Ces trois chansons figuraient parmi les plus originales de la compétition: c’est d’autant plus intéressant qu’elles ne correspondent en rien aux standards de l’Eurovision, si souvent décriés pour leur mièvrerie et leur facilité. Tout au plus regrettera-t-on que la sublime Arménienne Eva Rivas ne finisse «que» septième. Le 56e Eurosong aurait mérité d’aller à Erevan en 2011.

En revanche, aucun regret pour la Suisse, mal incarnée par un Michael von der Heide piteusement éliminé et lanterne rouge de la deuxième demi-finale avec ses deux pauvres petits points accordés par... la Géorgie. Il faut dire qu’on aurait sans doute pu trouver mieux que la sirupeuse «Il pleut de l’or» en ces temps difficiles pour l’Helvétie financière.

Mais l’essentiel n’est pas là. Le plus important est le rétablissement, cette année, d’un jury professionnel tempérant, dès les demi-finales, les choix des téléspectateurs, chacun des votes comptant pour moitié. Cette initiative doit beaucoup aux cris d’alarme lancés depuis des années – de concert avec son homologue de la BBC – par Jean-Marc Richard de la TSR, désormais doyen de fonction au sein de l’aréopage des commentateurs télé de l’Eurosong.

Les résultats de cette édition 2010 montrent en effet que les votes dits «ethniques» – par affinité géographique, politique, communautariste ou culturelle – ne comptent plus que pour «margarine» (on n’ira pas jusqu’au beurre...) dans le classement final. La qualité des chansons, des personnalités et des partitions récompensées s’en trouve du coup rehaussée. Ne laissant plus aucun argument valable à tous ceux qui pensaient les dés toujours pipés d’avance depuis l’arrivée des pays est-européens dans la compétition – malgré les déchirures de l’ex-Fédération yougoslave, par exemple.

L’eurostratégie lyrique faussant le jeu a vécu. Symbole du continent réunifié, nous irons à Berlin en 2011, à moins que les Allemands, qui attendaient la victoire depuis vingt-huit ans, ne se décident pour une autre ville.

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