Ça se passe à Marseille de nos jours, mais ça pourrait se passer n’importe où et n’importe quand. Le héros (François Cluzet) est un concessionnaire de voitures de luxe qui découvre, à la mort de son associé (Bouli Lanners), que celui-ci, arnaqueur à la petite semaine, était en délicatesse avec des tueurs finlandais, mais le milieu importe aussi peu que l’origine des brigands. Enfin, Blanc comme neige est un film noir d’inspiration classique, dont le scénario est truffé d’invraisemblances. Pourtant, le plaisir est immédiat et ne disparaît jamais grâce à l’interprétation des comédiens, d’Olivier Gourmet à Jonathan Zaccaï (en frères du héros), sans oublier Louise Bourgoin (en épouse inquiète). Tous donnent la réplique juste à celui qui porte le film et sur lequel nous reviendrons avec un grand entretien: François Cluzet. Après le rôle qui lui a valu son César en 2007 (pour Ne le dis à personne, de Guillaume Canet), le comédien est une nouvelle fois épatant dans ce registre, très hitchcockien, d’un quidam pris dans un engrenage qui le dépasse.

La mort aux trousses

Paradoxalement, les invraisemblances de Blanc comme neige démultiplient la tension de manière positive. Pourquoi le personnage principal ne prévient-il pas la police? Pourquoi ment-il à son épouse? Pourquoi ne le dit-il pas à tout le monde? Ces illogismes, François Cluzet, et lui seul, les fait passer comme une lettre à la poste: il les intègre dans les motivations souterraines de son personnage. De dormeur du Val saignant dans la neige à grand bourgeois de la Côte d’Azur, il incarne à la perfection, sans le dénigrer pour autant, un mâle de 2010 dans toute sa splendeur et sa petitesse. Mû uniquement par la peur de tout perdre.

VV Blanc comme neige, de Christophe Blanc (France, Belgique 2009), avec François Cluzet, Olivier Gourmet, Jonathan Zaccaï, Bouli Lanners, Louise Bourgoin. 1h35.