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Dis-moi l’écrivain qui t’inspire

La série «Mentor» des pages Livres du «Temps» s’arrête ce samedi 6 avril. Retour sur une farandole qui a réuni 66 auteurs

Voilà presque deux ans que les pages Livres du Temps, tous les samedis, se terminent par la série «Mentor», illustrée par le dessinateur Stefano Frassetto. Depuis le 26 août 2017, nous demandons à des écrivains d’y écrire un texte sur l’auteur classique qui les inspire. Le 6 avril, Alexandre Voisard évoquera sa découverte décisive, alors qu’il était tout jeune, du poète Rainer Maria Rilke. Le récit de l’auteur jurassien clôturera ce rendez-vous qui a rapidement pris la forme d’une farandole spontanée, où les écrivains, les vivants et les morts, se passent le témoin des mots.

Notre dossier: L’intégrale de la série «Mentor»

Le travail d’écriture est solitaire. Saisir un peu de ce qui se passe dans l’atelier des auteurs n’est pas aisé. Leur demander un texte sur les écrivains qui comptent pour eux, c’est pousser un peu la porte de leur espace de travail. Car comment devient-on écrivain? En lisant, comme on respire. De Metin Arditi qui a inauguré la série avec Franz Kafka jusqu’à Alexandre Voisard, 66 écrivains, tous en lien avec la Suisse romande, nous ont présenté un membre de leur famille élective. En fait, on n’écrit jamais seul.

Pour le Larousse

Dès le départ, la réaction des écrivains est enthousiaste. Quentin Mouron, Corinne Desarzens, David Bosc, Eugène, Catherine Lovey, pour citer les premiers, acceptent de choisir un auteur parmi la multitude de ceux qui les accompagnent. Le choix du mentor, c’était la première étape. Aucune limite d’époque, de nationalité, de genre, si ce n’est ce statut d’auteur classique soit, pour le Larousse, «qui fait partie de la culture générale, qui est enseigné dans les classes». Les écrivains annonçaient leur choix et pour nous, c’était la découverte de couples parfois inattendus, réjouissants toujours, comme Bruno Pellegrino et J. K. Rowling, Sébastien Meier et Patti Smith, ou Rose-Marie Pagnard et Selma Lagerlöf.

Fantômette et Tchekhov

On a vite admis qu’un même mentor pouvait être choisi plusieurs fois. Il y a eu des doubles: Kafka par Metin Arditi et Jean-Bernard Vuillème; Tchekhov par Catherine Lovey et Jean-Louis Kuffer; Céline par le regretté Philippe Rahmy et Antoine Jaquier; Ramuz par Max Lobe et Jean-Pierre Rochat. D’autres n’ont pas voulu choisir. Fabienne Radi a ainsi évoqué David Foster Wallace, Lydia Davis et Lucia Berlin. Claude-Inga Barbey est allée jusqu’à six avec Fantômette, Agatha Christie, Laurence Pernoud et Donna Tartt, entre autres.

De notre côté, la sélection des participants suivait une règle alchimique qui combinait talent, générations, sexes, maisons d’édition. Certains demandaient des délais pour rendre leur texte. Le temps des écrivains n’étant pas celui des journalistes, il fallait parfois attendre six mois, voire plus. Pour faire entrer dans la farandole Catherine Safonoff, Jacques Probst ou Alexandre Voisard, notre patience n’avait pas de limites ou presque. Joël Dicker était dès le départ dans la danse. Fin 2017, il nous écrivait avoir quelque part, «dans son désordre», un texte sur Romain Gary, qu’il pourrait retravailler. Fin 2018, le texte en question refait surface. Nous l’avons reçu, nous touchions au but. Mais l’auteur de La vérité sur l’affaire Harry Quebert tenait encore à faire des vérifications. Les mois ont passé. Romain Gary n’aura finalement pas été un «Mentor».

L’eau pour les pâtes

Parmi les écrivains contactés, plusieurs n’ont pas d’ordinateur et encore moins internet. On se donnait rendez-vous pour se donner les textes, de la main à la main. Claude Tabarini, dans son refuge perché dans les arbres, dans le quartier des Grottes à Genève, faisait bouillir de l’eau pour des pâtes. Sa batterie de jazzman devait être dans un coin, parmi les livres. Et puis, il nous a tendu son texte sur Charles d’Orléans. Dans le bruit de l’eau qui s’impatientait dans la casserole a surgi l’une des plus belles émotions de la série. En février dernier, Jacques Probst, emmitouflé comme un berger des steppes, nous attendait en fumant sur une terrasse, dans le tintamarre d’un grand boulevard genevois. Il sortait d’une nuit blanche avec Cendrars, son comparse de longue date. Plusieurs fois, il nous demandera quelques jours de plus. Quand il nous donnera son texte, toujours dans le même café, ce sera, là encore, comme un cadeau.

Dès le 13 avril, rendez-vous avec la nouvelle série «Le temps d’un café»: chaque samedi, nous irons dans des cafés à la rencontre d’écrivains qui font l’actualité, en Suisse et en Europe.

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