Pour ceux qui l'avaient connu, la mort de György Sebök, l'hiver dernier, à l'âge de 77 ans, fut une déchirure. Ce pianiste avait un passé fabuleux, il avait côtoyé Kodaly, joué avec Fricsay et Enesco, il enseignait dans l'une des meilleures écoles américaines, à Bloomington, et ses concerts faisaient l'admiration des connaisseurs qui s'y pressaient, à l'écart des artères du business musical. Un humaniste, avec ça, une générosité et un sens pédagogique confondants: cet ensemble de qualités fit de ses «masterclasses», dans le petit village d'Ernen, où il les donnait chaque année depuis 1974, un foyer de rayonnement mondialement réputé, qui s'enrichit dès 1987 d'un festival de musique de chambre.

Sebök disparu, qu'allait-il rester du «Festival de l'Avenir» dont il était l'âme et le pivot? Francesco Walter, son président, avec l'aide des amis musiciens qui s'y retrouvent chaque année, ont décidé de poursuivre, non sans appréhension. Mais à mi-parcours, Francesco Walter respire: les premiers concerts ont fait le plein et celui de clôture, vendredi prochain, est déjà complet. Le public n'a pas changé: un tiers de Romands, un tiers d'Alémaniques, un tiers d'étrangers. L'esprit non plus: le petit village, qui compte 400 habitants hors saison, mais 2000 en été, est baigné de musique. Les répétitions ont lieu dans l'ancienne prison, convertie en musée, et sont ouvertes à tous. Les musiciens viennent pour des cachets modestes (le budget du festival ne dépasse pas 200 000 francs). Il s'agit pour la plupart de jeunes solistes ou de premiers pupitres de grands orchestres, pour lesquels rien ne vaut le bonheur de faire de la musique de chambre en géométrie variable, alternant les formations et les répertoires.

Engagement total

La cohésion est telle entre ces complices qu'ils se fondent, pour deux concerts, en un petit orchestre où ils consentent à laisser tomber les préséances: tel violoncelle solo d'une phalange prestigieuse se fond dans le rang, au service d'un Brandebourgeois de Bach ou d'une Sérénade de Dvorak. L'absence de György Sebök a même renforcé le caractère autogéré, assez exceptionnel, du festival, sur lequel règne toutefois la passion dévorante de Francesco Walter.

Tessinois d'origine, âgé de 40 ans, Walter a découvert la musique avec le film de Bergman, La Flûte enchantée. Il a détourné sa vie pour suivre cette révélation, déménagé à Zurich pour être plus proche de la vie musicale, puis, après avoir croisé György Sebök, emménagé à Ernen pour en rester proche, trouvant un emploi aux Forces motrices neuchâteloises. Désormais responsable de la publicité au Walliser Bote, devenu président du festival en 1997, il y consacre le meilleur de son énergie, voyageant partout pour rencontrer les musiciens, échafaudant des projets jusqu'en 2006. «Le secret d'Ernen, c'est l'engagement total des interprètes.» Mais il faudra gérer l'avenir, car les jeunes pousses de la pépinière de György Sebök voient leurs carrières grandir, et les propositions concurrentes affluer: combien de temps Ernen va-t-il perpétuer le miracle?

FESTIVAL D'ERNEN. Jusqu'au 21 août. Prochains concerts: Pierné, Schönberg, Brahms (lundi 14, à Brigue), Mozart, Mendelssohn, Chostakovitch (16 août), Haydn, Mendelssohn, Dvorak (18 août). Loc. 027/971 15 62 ou ernen-tourismus@rhone.ch