Figure légendaire de la salsa, nom commercial donné aux rythmes essentiellement cubains, Johnny Pacheco fut à l’origine de cette appellation avec l’orchestre Fania All Stars. Né en 1935 à Santiago de los Caballeros, en République dominicaine, il avait fondé au milieu des années 1960 avec Jerry Masucci le label Fania Records, lequel donnera ses lettres de noblesse à la salsa. Ce terme, justement, alimente encore une controverse aux allures de «guéguerre» entre les musiciens et musicologues cubains et les amateurs, voire les diffuseurs de ce rythme latino dont l’émergence se situe en fait aux Etats-Unis.

Il est très fréquent d’entendre des Cubains affirmer à qui veut l’entendre: «La salsa n’existe pas, ce n’est rien d’autre que la musique cubaine!» Et comment leur donner tort? Il faut souligner que Johnny Pacheco et la Fania se sont inspirés, pour la trouvaille du mot salsa, d’un programme de radio vénézuélienne de Phidias Escalona, La hora del sabor, de la salsa y el bembé.

Polémique en musique

Personnellement, avec ma casquette de parolier au service de certains des plus grands chanteurs cubains du moment, j’ai écrit une chanson qui est une défense du «son», genre musical constituant l’essence même de la salsa. Interprétée par Robertón, le chanteur emblématique de Los Van Van, le meilleur groupe de salsa de l’histoire et qu’on surnomme les Rolling Stones de ce rythme, Empieza Mi Son traite précisément de cette polémique. Détail savoureux, j’y cite le nom de Johnny Pacheco dans une des strophes, pour apporter de l’eau au moulin de la cause de «l’île de Marti», et que j’épouse. Le musicien reconnaissait lui-même que sa musique était d’obédience purement cubaine.

Après Hector Lavoe en 1993, Tito Puente en 2000 et Celia Cruz en 2003, c’est un autre monument de la salsa qui s’en est allé animer d’autres cieux. Nul doute que le débat demeure tout aussi houleux là-haut.


* Esteban Isnardi est danseur, instructeur de salsa et parolier de la musique cubaine (Le Monde d’Isnardi)