«Il faudrait une Oscarine, lance-t-elle. Il faut lui changer de nom, à cette statuette. Donnons-lui le nom d’une femme.» Derrière ses lunettes blanches, Lina Wertmüller regarde son Oscar d’honneur. Elle le reçoit en 2019. Quarante-deux ans plus tôt, elle devenait la première femme à être nommée comme meilleure réalisatrice par l’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma. Elle ouvrait la voie aux nominations de Jane Campion dans les années 1990, puis de Sofia Coppola, Kathryn Bigelow et Greta Gerwig. La cinéaste italienne est morte dans la nuit de mercredi à jeudi à Rome. Elle avait 93 ans. Les funérailles sont prévues ce samedi matin dans l’église romaine des artistes.

Inoubliable, immense: le monde du cinéma et la société transalpine n’ont pas trouvé assez de superlatifs pour décrire l’artiste. «Elle comprenait la psychologie des acteurs et des actrices, se rappelle Giancarlo Gianni, son acteur fétiche, dans les colonnes du Corriere della Sera. Elle tirait le meilleur de nous. Nous nous amusions beaucoup» même si elle était «très sûre d’elle, souvent agressive». Le comédien est le protagoniste de Pasqualino, sorti dans les salles en 1975 et qui lui vaut la nomination comme meilleur acteur. La pellicule concourt aussi dans les catégories de meilleur réalisateur, meilleur film en langue étrangère et meilleur scénario original.

Assistante du maestro Fellini

Membre du Parti socialiste italien, la cinéaste n’a jamais caché ses idées politiques et s’est battue pour les droits des femmes dans le monde du cinéma. «J’ai toujours eu un caractère fort, depuis l’enfance, avoue-t-elle volontiers, se rappelle l’agence de presse Ansa. J’ai même été chassée de 11 écoles et sur le set, c’est moi qui ai toujours commandé.» D’origines suisse et autrichienne, Arcangela Felice Assunta Wertmüller von Elgg Spanol von Braueich, de son nom complet, naît dans la capitale italienne le 14 août 1928. Elle s’inscrit à 17 ans à l’Académie théâtrale de Rome avant de commencer à travailler comme réalisatrice de spectacles de marionnettes. Elle entre dans le monde du cinéma à l’âge de 35 ans après une carrière théâtrale et télévisuelle.

Centenaire Fellini: L’impossible héritage du maestro

Elle débute comme aide à la réalisation de Federico Fellini sur le film Huit et demi, en 1963, et réalise la même année son premier film, I basilischi. L’œuvre est primée au Festival de Locarno. Son premier succès date de 1972: Mimi métallo blessé dans son honneur met pour la première fois en scène son acteur préféré, Giancarlo Giannini, et sera présenté à Cannes. «Elle marque de manière absolument personnelle le cinéma italien des années 1970 puis met l’accent sur des thèmes historiques et politiques la décennie suivante, commente l’Ansa. Elle met à chaque fois d’accord le public et la critique.» La réalisatrice compte à son actif, en quelque six décennies de carrière cinématographique, près de 25 films, ou comme elle aime à les appeler, autant «d’enfants».

Grande intelligence et profonde ironie

La femme aux lunettes blanches, signe distinctif choisi comme titre d’un documentaire lui étant dédié en 2015, jouit «d’une grande intelligence et d’une profonde ironie», écrit jeudi La Repubblica. Lina Wertmüller restera dans l’histoire, selon l’Académie américaine du cinéma, «grâce à son courage provocateur l’ayant poussée à démonter les règles politiques et sociales à travers son arme préférée: la caméra».