Roman

«La Disparition de Majorana» de Leonardo Sciascia

Allia republie ce petit livre qui reste d’une brûlante actualité

Genre: Roman
Qui ? Leonardo Sciascia
Titre: La Disparition de Majorana
Trad. de l’italien par Mario Fusco
Chez qui ? Allia, 112 p.

Leonardo Sciascia publie La Disparition de Majorana en 1975, trois ans avant son livre sur Aldo Moro. Son intérêt pour le savant sicilien, mystérieusement disparu en 1938, à l’âge de 32 ans, n’a rien d’anodin. Il effectue son enquête à un moment de grands troubles politiques. La brève carrière d’Ettore Majorana se déroule en Allemagne et en Italie, au moment où des régimes totalitaires se mettent en place en Europe. Pour un de ses maîtres, Enrico Fermi, le jeune physicien est un génie à l’égal de Galilée ou de Newton. C’est aussi un être tourmenté qui a déjà annoncé des intentions de suicide. L’hypothèse est donc qu’il se soit jeté dans la mer. Mais jamais son corps n’a été retrouvé. A-t-il cherché refuge dans un couvent? Emigré en Amérique latine?

Intuition

«Les morts se retrouvent; seuls les vivants peuvent disparaître»: l’enquête de Sciascia porte sur les derniers jours de Majorana, le contexte familial – une puissante famille, un crime affreux, une erreur judiciaire – et social – le fascisme omniprésent, les intrigues universitaires, la négligence de la police. L’écrivain ne conclut pas, mais son hypothèse est la suivante: Majorana a eu l’intuition, encore impossible à prouver, des dangers des découvertes récentes de la physique et il a choisi de se dérober à leurs conséquences. Quelques années plus tard, Hiroshima et Nagasaki lui donneront raison.

Le thème central de ce petit livre dense et passionnant de bout en bout, c’est donc bien la responsabilité du savant et de l’intellectuel en général. La parution de ce texte en feuilleton dans La Stampa a provoqué une polémique qui figure en annexe, avec la réponse de Sciascia, le tout d’une actualité brûlante encore aujourd’hui.

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