■ Gilli Stampa, galeriste à Bâle depuis plus de quarante ans (Galerie Stampa) «Quelle triste nouvelle! C’est un homme qui a bien sûr marqué notre propre travail de galeriste à Bâle. Car Ernst Beyeler avait une personnalité très charismatique et généreuse qui s’investissait bien au-delà de ses propres intérêts. Prenez simplement Art Basel, dont il fut l’un des instigateurs, ou sa Fondation. Il a toujours eu ce souci d’assurer un cadre de qualité à cet art qui le passionnait. Il avait ce flair de collectionneur pour la création de sa génération, et il a su par la suite s’entourer de personnes adéquates pour garantir une pérennité à son travail. Même si nous n’avions pas les mêmes orientations dans nos choix artistiques, il était capable de transmettre son énergie et son savoir-faire. Ce qui m’a aussi toujours impressionnée, c’est la collaboration qui s’était mise en place avec son épouse, Hildy. Certes c’est lui que l’on voyait davantage en public mais elle était essentielle dans son travail. La Bâle culturelle leur doit énormément. Je leur tire mon chapeau bien bas».

■ Bernhard Mendes Bürgi, directeur du Kunstmuseum de Bâle «Je l’avais vu lors du récent vernissage de l’exposition consacrée à Henri Rousseau actuellement à la Fondation Beyeler. Il était très affaibli. Sa disparition bouleverse car elle marque la fin d’une époque. Comme marchand d’art, il était très soucieux de qualité et cela lui valut très vite une réputation internationale. De plus, il trouvait dans son activité un enrichissement personnel, d’où son charisme et cette relation quasi existentielle à son travail. Aujourd’hui le marché de l’art est davantage pragmatique, parfois sans guère de place pour pareil engagement. Oui, c’est un peu la vieille école qui perd là un maître. Et Bâle, un citoyen qui au-delà de son attachement à sa ville, avait fait en sorte de l’ouvrir sur le monde».

James Koch, directeur commercial de la Fondation Beyeler

Bien sûr, c’est un homme hors du commun qui s’en va mais il nous laisse son esprit, sa philosophie de collectionneur. C’est un homme qui a su profiter de toutes les richesses qu’il avait réuni. Il ne voulait pas d’une institution élitaire et s’est toujours montré très ouvert à de nouveaux courants, ou de nouvelles façons d’exposer l’art. Il était très heureux en ce début d’année d’assister au vernissage de l’exposition consacrée à Henri Rousseau, l’un de ses artistes les plus chers. Beaucoup d’entre nous, ici, dans la Fondation, ont pu l’accompagner durant ses dernières années et s’imprégner de son rapport à l’art. Il nous a confié sa vision et a fait en sorte que sa fondation puisse se développer sainement, aussi indépendamment de lui.