Vie nocturne

«Avec la disparition des squats, la vie culturelle alternative à Genève s’est appauvrie»

Le gouvernement a présenté mardi sa «stratégie de la vie nocturne culturelle et festive». Interventionnisme excessif de l’Etat ou solution à un réel problème? Les réponses du conseiller d’Etat Antonio Hodgers

Organiser, prévoir, planifier la fête, pour qu’elle ne meure pas. C’est l’objectif du Conseil d’Etat genevois, qui a présenté mardi sa «stratégie cantonale de la vie nocturne, culturelle et festive». Recyclage de lieux en voie de désaffection – comme le Cycle d’orientation du Renard à Vernier ou le théâtre de la Comédie, au centre-ville –, réflexion en amont de la construction de nouveaux quartiers, identification de cinq projets pilotes répartis sur tout le territoire du canton: volontariste, la démarche de l’Etat entend répondre au cri d’alarme lancé par la jeunesse genevoise. Excès de zèle ou réelle nécessité? Chargé de l’Aménagement du territoire, le conseiller d’Etat vert Antonio Hodgers défend son projet.

Le Temps: Le Conseil d’Etat vient de présenter une véritable stratégie inclusive, transversale, étayée pour améliorer la vie nocturne et la fête à Genève. Quel est votre objectif?

Antonio Hodgers: A la fin des années 1990, avec la disparition des squats, la vie culturelle alternative s’est peu à peu appauvrie. Elle n’a plus retrouvé sa place à Genève. Le fait qu’il n’y ait presque plus de foncier disponible a empêché cette offre de réinvestir des espaces à l’abandon. L’offre nocturne commerciale s’est développée mais il manque des lieux simples, bon marché, sympathiques, ou la bière ne soit pas hors de prix. Nous répondons à une réelle demande: la pétition que les jeunes ont remise en ce sens au Grand Conseil a recueilli des milliers de signatures.

Pourquoi? Parce qu’aujourd’hui, les jeunes ont le choix entre organiser des botellones ou se tourner vers les fameuses «rues de la soif» – Ecole de médecine et Blanvalet – où l’affluence pose des problèmes de compatibilité avec l’habitat. La fin des squats n’ayant pas été replanifiée et le cadre réglementaire s’étant durci, Calvin a un peu repris ses droits à Genève! Aujourd’hui, on change de paradigme: il faut planifier en amont. Dans le cadre de l’aménagement du territoire, il faut définir les fonctionnalités des différents lieux du canton pour éviter les conflits d’usage.

- Est-ce vraiment le rôle de l’Etat de se préoccuper de la manière dont les gens vont s’amuser? Le principe des squats, de la culture alternative c’était précisément d’être… alternative. De ne pas être institutionnalisée ni régentée!

- Il n’y a pas de contradiction entre l’alternatif et une forme de convention avec le public. L’Usine est un lieu alternatif subventionné. La culture alternative est largement institutionnalisée, partout. Elle ne pourrait pas survivre autrement. Quant aux lieux comme La Gravière ou le Motel Campo, très fréquentés, ils ne sont pas là pour durer. Si on ne prévoit rien, ils disparaîtront avec le PAV [projet d’aménagement du quartier Praille-Acacias-Vernets] et ne seront pas remplacés. Si l’Etat ne réserve pas du foncier, ne garde pas la maîtrise sur des mètres carrés, les promoteurs les prendront! C’est aussi simple que cela.

- Pardon, mais pourquoi ne pas faire confiance à la créativité, à l’envie, et laisser les lieux festifs émerger puis éventuellement disparaître, comme ils l’ont toujours fait?

- C’est justement leur émergence qu’on veut favoriser! En offrant des emplacements et des arcades, pour éviter les débordements dans la rue et susciter une diversité de lieux abordables. Les jeunes demandent des lieux bon marché, sympathiques et simples, qui ne voient pas le jour si on ne fait rien. L’Etat n’est pas là pour concevoir ni régenter des lieux alternatifs, mais c’est son rôle de rendre possible leur émergence, en maîtrisant le territoire et le foncier. Qui influe sur le prix de la bière, croyez-moi!

Dossier Squats de Suisse, les incubateurs de la culture alternative

Publicité