Tibet - Monastère de Gyütö

La Voix des Tantra

(2 CD Ocora 560133-34/

Musikvertrieb)

Enregistré en 1975 et jamais publié, La Voix des Tantra est un coffret de deux disques, qui annonce la réédition par le label français Ocora de dix albums de musiques traditionnelles. Habillée d'un nouveau graphisme, plus lumineux, ces parutions rappellent l'importance que l'institution conserve dans la diffusion des musiques du monde.

Fondée en 1957, la collection de musiques traditionnelles de Radio-France est inaugurée au pays dogon malien, sous la tutelle de la Radiodiffusion d'outre-mer. Les indépendances des pays coloniaux presque consommées, l'organisme prend ensuite le nom d'Office de coopération radiophonique, dont la maison de disques Ocora conserve les initiales. Quarante ans plus tard, la collection compte plus de 200 titres et constitue l'une des plus précieuses banques de données sur les musiques du monde. Couvrant tous les continents, ayant archivé certaines expressions orales disparues depuis, Ocora tient lieu de mémoire sonore universelle.

Marqué par une certaine austérité et une définition restrictive de la tradition, le label choisit de ne pas s'ouvrir aux musiques électriques extra-européennes, d'enregistrer en premier lieu les représentants consacrés des musiques savantes et populaires. Le catalogue fait figure de bilan exceptionnel: Nusrat Fateh Ali Khan, Ravi Shankar ou Munir Bashir ont réalisé certains de leurs premiers enregistrements pour Ocora. Les dix rééditions qui s'annoncent illustrent un parcours sans équivalent pour une institution publique, dont cet enregistrement inédit de chants tibétains témoigne.

Capturés lors du Festival d'automne à Paris, en octobre 1975, ces chants de moines bouddhistes rassemblent en une prestation des extraits de différents rituels, pratiqués au sein du collège tantrique de Gyütö, au Tibet. Monodies gutturales accompagnées de trompettes, de trombes télescopiques et de percussions, les récitations de Tantra croisent des musiques liées aux cérémonies d'initiation, de consécration et de libations. C'est finalement, en presque une heure trente d'enregistrement, le résumé d'une vie monastique entière qui se déploie. Chants de chœur fascinants, ces rituels, déplacés sur une scène occidentale, s'écoutent d'abord pour leur qualité musicale: des microphones placés au milieu des participants transcrivent parfaitement les harmoniques qui jaillissent des voix de gorge.

Comme la plupart des productions signées Ocora, La Voix des Tantra est illustré par un important livret savant, expliquant les différentes étapes des rituels et leurs fonctions dans l'univers du monastère. Davantage pourtant qu'un enregistrement ethnographique, ce coffret montre combien les musiques traditionnelles, en sortant de leur contexte originel, prennent une dimension nouvelle. Qui se soucie aujourd'hui, parmi les auditeurs d'Ocora, du fait que Nusrat Fateh Ali Khan était un vocaliste du soufisme pakistanais ou que les chants Gbaya de Centrafrique étaient tous liés à des rituels religieux?

Les chants tibétains, par le mystère de leur musicalité, font étrangement oublier les questions scientifiques. Comme l'affirme Daniel Caux, rédacteur du livret, «le particulier va ici à l'universel, et le pouvoir sonore de cette expression vocale du bouddhisme tibétain est tel qu'il suffit en lui-même pour nous subjuguer».