Encore quelques disques comme celui-là et on la lâchera pour de bon. Elle, c'est Carla Bley, compositrice douée, créatrice d'univers singuliers, meneuse d'hommes charismatique. Et, depuis dix ans, yin d'un duo dont Steve Swallow est le yang presque aussi médiatique. Une longue histoire d'amour à plusieurs: le public, la critique et, à la ville comme

à la scène, son Stevie de bassiste. L'amour qui rend aveugle, on connaît. C'est même ce qui explique la persistance de ce duo dont les possibilités étaient musicalement épuisées après un disque. Seulement voilà: il est plus gratifiant – économiquement et affectivement – de tourner en binôme plutôt qu'à la tête d'une troupe d'indésirables. Surtout si l'on sait

que les organisateurs suivront et que la presse répercutera (la preuve…). On imagine Miles Davis se découvrant une passion pour Diana Krall et congédiant son band régulier…

Que le résultat soit plaisant ne change rien à l'affaire: on meurt de soif à côté de la fontaine. Même l'humour jadis si caustique de Madame Carla s'est réfugié dans les titres («Satie For Two») et les photos de pochette.

Jazz, Carla Bley/Steve Swallow, Are We There Yet?, (Watt 29/Phonag)