Caroline Gauthier n'est ni chanteuse ni comédienne. «Je fais de la déclamation musicale», précise-t-elle. L'artiste genevoise a déjà enregistré trois disques détonants de mélodrames, reçus à bras ouverts par la critique. Ce dernier volume montre combien chaque compositeur a dû forger des outils personnels pour illustrer des poèmes dont la langue est une musique en soi. Passé la musique de scène un rien désuète de Debussy sur les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs – à ne pas confondre avec les chants ultérieurs – Caroline Gauthier visite l'univers scintillant de Gérard Condé. La musique esquisse des gestes qui épousent au millimètre les formes de chaque poème – Les Fêtes galantes de Paul Verlaine. Gérard Pesson, lui, a mis en musique des poèmes chinois. A nouveau, l'accompagnement ultraminimal au piano met en lumière les inflexions du texte. Enfin, l'artiste nous offre le mélodrame Hérodiade de Paul Hindemith, dont elle a rehaussé les contours en superposant le texte à la musique. Une seule voix émerge – nue, fragile – de ce théâtre de voix instrumentales.