Et si l'adieu des Frères Jacques n'était qu'un au revoir? Par groupes interposés? Ce récital de 1980 n'est conclusif qu'en apparence. Tout ici tourne autour d'une certitude fièrement exhibée: une tradition poussée à un tel degré d'intelligence ne peut pas disparaître avec ses ambassadeurs. Preuve en est la floraison de groupes à géométrie variable, de TSF à Chanson Plus Bifluorée en passant par le Quintet de l'Art, qui communient dans l'adulation des mythiques (faux) frères dont ils proposent un nécessaire «aggiornamento». En constant équilibre sur la corde raide de l'émotion et du rire, l'œuvre des Frères Jacques a ceci d'unique qu'elle touche à tous les thèmes de la gaudriole

franchouillarde sans s'autoriser la plus infime parenthèse

de vulgarité. L'inspiration a beau être populaire («Les pompistes»), l'argot truculent («Le tango interminable des perceurs de coffres-forts»), le rire se tempère d'une distinction aristocratique depuis longtemps bannie de la scène française.

Chanson

Les Frères Jacques

Récital d'adieu

(RYM Musique 1970372, 3 CD/Disques Office)