Une boucle qui tourne, le son d'une machine comme grippée: dès les premières notes de Snatch, Howie B affirme son option: résolument expérimentale et introvertie. Après deux albums très différents, le très comateux Music for Babies suivi d'un Turn the Dark off d'obédience plus hip hop, le producteur clarifie son vocabulaire. Producteur majeur de ces dix dernières années (les bandes de Björk, Soul II Soul, U2 et récemment Sly & Robbie ont passé dans son grand ordinateur), l'Ecossais a multiplié les engagements ces dernières années, contribuant notamment à la bande originale du film The End of Violence, de Wim Wenders. Un travail qui l'a lessivé, selon ses propres mots. Parallèlement, le compositeur a lancé son propre label, Pussyfoot Records.

De passage à Paris pour la promotion de son nouvel opus, Howie B revient sur cette période de doute: «Sur Turn the Dark off, j'avais réussi à exprimer sans trop réfléchir une somme de bribes musicales que j'avais emmagasinées au gré de mes engagements de producteur. Snatch a été bien plus difficile à écrire. Je suis rentré dans le studio sans avoir défini la moindre idée. Je me sentais à sec, déprimé. J'ai décidé de laisser mes émotions remonter librement. Snatch est mon album le plus intime, c'est ma réponse à toute la hype qui a été créée autour de moi. J'étais devenu un nom, une icône. Les gens ne jugeaient pas ma musique pour ce qu'elle valait, mais plutôt en fonction d'un statut de producteur à la mode. D'ailleurs, je n'étais plus présenté par la presse comme un musicien mais comme une célébrité entourée de musiciens vedettes.»

Conçu entièrement par Howie B, Snatch aligne les compositions mentales et décalées. Difficile de reconnaître dans ce fascinant entrelacs de bruitages aquatiques et de rythmes élastiques la patte du fan de rap. «J'adore toujours le hip hop et la soul, mais je crois avoir aujourd'hui digéré ces influences, je n'ai plus besoin de les laisser s'exprimer ouvertement. C'est important pour moi de progresser, de découvrir d'autres paysages, de tenter de nouvelles expériences.» Des paysages approchés lors de l'exploration très fœtale et enveloppante de Music for the Babies. Sur Snatch, le voyage se fait plus mouvementé encore, comme traversé de cauchemars troubles, d'incidents sonores rares et surprenants. «Je voulais travailler sur la structure, sur le matériau sonore et aussi sur certains archétypes musicaux. Pour ce faire, j'ai eu recours à des instruments basiques, des samplers ordinaires, des claviers que l'on peut trouver dans n'importe quel magasin. J'ai sélectionné soigneusement le moindre bruitage. Chaque son a passé devant une sorte de tribunal imaginaire, chaque effet a dû plaider sa cause pour être intégré dans l'album. Il fallait qu'une émotion soit véhiculée. J'ai tout créé en solo, même le studio qui a été le cadre de l'enregistrement de l'album.»

Howie B sait créer des ambiances sonores fascinantes. Un talent qu'il partage avec Brian Eno, comme lui producteur de plusieurs albums de U2. Dans la foulée de l'enregistrement de Pop, Howie B a suivi le groupe irlandais lors de sa dernière tournée mondiale organisée en 1997. «Je renouvellerai l'expérience avec plaisir, mais dans d'autres conditions. La tournée m'a trop éloigné de ma famille. Mais l'expérience était incroyable. Je ne fonctionnais pas seulement en tant que DJ, je dirigeais musicalement et je mixais en direct la prestation des musiciens. Il fallait dompter un énorme chaos musical. Au début de la tournée, U2 n'était plus un groupe, mais quatre personnalités totalement déconnectées. J'ai dû quasiment reformer U2.»

Howie B, Snatch (Pussyfoot 7243 84725121 9/EMI)