Jimi Tenor est un extraterrestre. Album après album, le dandy finlandais construit une œuvre totalement atypique. Rattaché à ses débuts aux maîtres de la techno minimaliste finnoise via son premier label Sähko, le multi-instrumentiste a affirmé tôt sa différence, composant des mélodies pour piano-bar enfumé. Une musique pour boîte de nuit soviétique, cheap et mélancolique. Echappant à la mode de la lounge music, le Finlandais a par la suite élargi son horizon musical, mêlant dans sa pop sophistiquée les ingrédients les plus exotiques: funk seventies, électro-pop, be-bop, gospel et chant choral. Avec Organism, Jimi Tenor poursuit son exploration, zigzaguant de continent en continent, des pôles glacés aux moites tropiques. Andy Warhol de la pop déliquescente, le fragile dandy télescope les univers les plus divers. On y voit des crooners aux allures de dealers de coke ou de Docteur Moreau du troisième millénaire, des danseuses topless saluer l'arrivée d'un soleil nucléaire. Chez Jimi Tenor, les sonorités ensoleillées sont piratées par des bruitages radioactifs, les refrains guillerets glissent sur des plages synthétiques et minées. L'album déploie ses compositions avec nonchalance, exhibant avec fierté sa beauté malade, pour mieux ensorceler l'auditeur comme une libellule mutante.

Pop: Jimi Tenor, «Organism», (Warp – Rough Trade/Musikvertrieb)