Kings of Convenience

Quiet Is the New Loud

(SourceCD019/EMI)

Le mot est déjà sur toutes les lèvres et agite la presse spécialisée. Avant même sa sortie, le deuxième album des Kings of Convenience ressuscite l'idée d'un «renouveau folk», inlassablement ressassé. Vieille chimère de l'actualité discographique, la fin du tout à l'électronique et le retour aux «valeurs traditionnelles» (comprenons: plus authentiques) des sonorités boisées n'ont pourtant pas manqué de candidats au cours de la dernière décennie. De Tracy Chapman à Elliott Smith, en passant par Suzanne Vega, Ani Di Franco ou Beck, nombreux sont les chanteurs armés d'une seule guitare acoustique qui sacrèrent en leur temps le retour en grâce du folk, rédemption fort attendue depuis l'abandon progressif du style à la fin des années 70.

Dans le mouvement de balancier constant qui va de l'exploration de nouveaux territoires sonores à la redéfinition d'un format classique, la pop acoustique des Kings of Convenience représente simplement le pôle extrême au-delà duquel il devient difficile de parler de musique «pour jeunes». Ironie du sort, la douzaine de perles intemporelles que renferme Quiet Is The New Loud, deuxième disque du duo norvégien, bénéficie aujourd'hui des structures promotionnelles efficaces du label Source, plus connu pour ses productions électroniques françaises aux ambitions symphoniques (Air, DJ Cam). De quoi inciter l'auditeur à la prudence, à l'instar d'un titre d'album-manifeste lui signifiant que désormais, la force musicale s'est logée dans la douceur.

Aussi hâtive qu'injustifiée, la comparaison avec le duo le plus célèbre de chanteurs-guitaristes-songwriters Simon & Garfunkel ne tient pas davantage devant le dépouillement orchestré par le rouquin Eirik Glambeck Bøe et le brun Erlend Øye. Aucune mièvrerie ni hymne à reprendre en chœur dans ce songwriting mélancolique et intimiste, tout d'harmonies vocales aériennes et de sonorités franches. Les sources d'une telle musique, saisissante de fraîcheur et de maturité, sont à chercher ailleurs.

De l'aveu même du groupe, l'éducation musicale pré-Kings of Convenience, groupe formé en 1999, coïncida avec l'apogée du style noisy-pop en Angleterre, le duo reproduisant dans sa ville de Bergen les harmonies psychédéliques et les entrelacs de guitares saturées de Ride ou My Bloody Valentine au sein d'un groupuscule baptisé Skog. Débarrassé de tout bruit et de toute fureur, cet héritage demeure palpable tout au long de Quiet Is The New Loud, conférant à des titres comme «Parallel Lines» une tristesse alanguie généralement peu associée au format folk.

Ailleurs, on songe au Everything But The Girl des débuts, dans cette manière douce-amère d'évoquer un climat soul-jazz avec deux bouts de ficelle («Singing Softly To Me»). Quant à l'aura bienveillante de Nick Drake, folkman maudit et figure tutélaire de la plupart des chanteurs d'aujourd'hui, son influence se révèle particulièrement prégnante dans cette manière subtile qu'a le duo de faire valser la ligne mélodique entre accords majeurs et mineurs («Toxic Girl», «The Weight of My Words»), provoquant au cœur d'un même couplet de délicats climats contrastés, entre cieux radieux et crachin.

Avec le folk à fleur de peau de Nicolai Dunger et le lyrisme sombre d'Anywhen (lire ci-dessous), la scène scandinave se débarrasse enfin de ses lourdeurs métalliques pour offrir au monde anglo-saxon une leçon de subtilité mélodique et de mélancolie maîtrisée. «Renouveau folk» ou pas, le prochain «Abba-revival» devra passer son tour.