«King Of Cool», annonce la pub. «King Of Sleep» serait tout aussi juste: Dean Martin, c'est le farniente du play-boy italien lié à la désinvolture du crooner américain. Le tout, il va sans dire, travaillé, poli, bichonné par un perfectionniste-né. C'est le paradoxe ordinaire des grands pros du show-biz: cet homme-hammac cachait un travailleur acharné, un amoureux du style capable de sertir le timbre de velours de Bing Crosby dans la monture de fer de Frank Sinatra. Son approche des standards américains («Mean To Me», «My Melancholy Baby») ou français («Que reste-t-il de nos amours?» traité en rengaine napolitaine) est ainsi constamment chaleureuse. Ce soleil inconditionnel ne pouvait qu'attiser la convoitise d'admirateurs de tous horizons, à commencer par Elvis Presley et Eddy Mitchell. Et puis il y a, hérité de son association avec Jerry Lewis, un sens très discret du second degré: même dans le répertoire feutré de ce Late At Night, l'autodérision se glisse à dose homéopathique, en prenant bien soin de ne pas égratigner le genre mais l'interprète.

Dean Martin, Late At Night (Capitol 72435-21508-2-3/EMI)