Culture

Les disques de ma vie (4/8). Marc Ridet, pilier sonore

Ce Parisien s'est mué en ambassadeur des musiques actuelles d'ici. De feu la Dolce Vita à deux structures de soutien à la scène, itinéraire d'un homme de réseaux.

Il a été l'un des piliers de feu la Dolce Vita. En tant que programmateur de l'illustre club rock lausannois, entre 1985 et 1995, Marc Ridet a vu défiler la crème du rock des marges. Bien avant de se muer en tourneur sur le sol suisse d'artistes comme Nick Cave, Noir Désir, Mano Negra ou Litfiba. La scène musicale, ce Parisien pure souche l'a presque toujours fréquentée de près. Avant l'exil helvétique, quand il tombe à 8 ans sur Elvis que la jeune femme de ménage de sa tante écoutait en boucle. Quand aussi, à l'adolescence, il s'éprend des Beatles ou des Animals avec ses copains d'une banlieue pavillonnaire, grâce à Europe1. A présent, à 54 ans, il continue de baigner intensément dans le chaudron sonore. En charge de la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles (FCMA), il fédère depuis près de dix ans les talents de la scène romande. Et, de son local à Nyon, de les exporter autant et aussi loin que possible à l'étranger.

«J'ai connu tous les maillons de la chaîne musicale. De la programmation à la production en passant par le management d'artistes. Mais ce qui m'épanouit le plus, c'est le développement de jeunes artistes. C'est dans ce but que la FCMA était née en 1997 avec l'aide du Paléo Festival. Et avec cet objectif aussi que travaille Swiss Music Export depuis quatre ans.» De l'édition de compilations en conseils techniques, artistiques ou juridiques; d'aides concrètes à des tournées en organisation de festivals de «Suisses» hors frontières, ces deux structures se complètent dans le fond. Et Marc Ridet, ex-vagabond qui a fui le climat délétère du Paris d'après mai 68 pour sillonner l'Ecosse, les Etats-Unis et l'Afrique en vivant de petits boulots alimentaires (maçon, pêcheur, maraîcher ou pompiste), de faire à présent voyager ses passions pour les sons d'ici. En ambassadeur.

Elvis Presley

Elvis Presley IV (1956)

«Une compilation de standards du rock. Par le King du genre. Même les Clash se sont inspirés de la pochette pour London Calling, en guise d'hommage. Si ce n'est pas le disque fondateur «officiel» du rock, c'est bien le premier grand album de rock'n'roll. Avec des chansons incroyables comme «Blue Suede Shoes». Un jalon crucial, fédérateur dans l'histoire.»

Bob Dylan

Blonde on Blonde (1966)

«Dylan reste l'un des plus grands poètes du rock. Il a amené des textes intelligents au cœur de la pop. Alors qu'au départ, son mélange de folk-rock électrifié était très controversé. Ce double album contient un nombre hallucinant de bonnes chansons, certaines avec une belle touche de blues. C'est un chef-d'œuvre, bien supérieur à Highway 61 Revisited.»

The Velvet Underground

Velvet Underground & Nico (1967)

«Un autre album incontournable du rock qui a pourtant connu peu de succès à sa sortie. Ce disque avait dix ans d'avance sur son époque. Il était jugé trop arty. Mais il s'est bonifié avec le temps et a influencé quantité d'artistes. Et ça continue, il n'y a qu'à écouter The Strokes. La voix de femme fatale de Nico, placée là par Wahrol, aura aussi inspiré Patti Smith. Nico a été aussi dans le rock la première femme avec un tel charisme.»

Rolling Stones

Beggars Banquet (1968)

«Le plus grand disque des Stones. Avec que des standards, dont «Sympathy for the Devil». Un disque qui correspond aussi à l'époque, avec ses combats de rue. Un mélange détonnant, qui n'a pas vieilli, de blues, de rock, de psychédélisme. Des chansons qui pulsent, avec tambourins et sons secs de guitares. Comme pour le Velvet, c'est un son dont les jeunes du rock s'inspirent encore.»

The Beatles

The White Album (1968)

«Avec les Beatles, il y a toujours eu dilemme entre Sgt. Pepper's et ce double album. Je préfère celui-là car il est plus varié. Tous les «Beatle» y ont participé. Le répertoire est aussi le premier à annoncer le «noise rock», des groupes comme Sonic Youth, Hüsker Dü. Un classique absolu de la pop.»

James Brown

Sex Machine (1970)

«James Brown avait déjà plein d'albums à son actif mais il scotche tout le monde ici. Une bombe funk, avec un groupe et un groove d'enfer, qui ne cessera d'influencer les suivants. Jusqu'aux Stones quant à la manière de danser sur scène, jusqu'au hip-hop plus tard. On écoutait ça dans les clubs. C'était la révolution dansante. Encore un CD intemporel.»

Marvin Gaye

What's Going On (1971)

«Parce que la soul est l'un des styles fondamentaux de la musique actuelle. C'est aussi le premier disque du genre avec des textes très engagés, qui amènera une certaine conscience politique chez Curtis Mayfield, et plus tard dans le mouvement hip-hop. Personne ne voulait pourtant le publier à l'origine. Le chant, les arrangements sont une merveille. Ce n'est pas l'album fondateur de la soul mais il est énorme. Même Stevie Wonder et Al Green s'en réclameront.»

Bob Marley & The Wailers

Burnin'(1973)

«Encore un autre jalon important dans l'histoire de la musique. C'est le premier album tiers-mondiste, avec d'inusables classiques. Marley transcende ici le reggae pour en fait un courant mondial. Moins à la mode aujourd'hui, c'est toutefois un disque fondamental qu'on a tendance à oublier.»

Kraftwerk

Trans Europa Express (1977)

«Comme dans le cas de Bob Marley, c'est l'une des rares fois où un courant musical émerge en dehors de l'Angleterre et des Etats-Unis. L'électronique est née en Allemagne avec ce disque-là, qui n'a d'ailleurs pas pris une ride comme on a pu le constater avec la dernière tournée de Kraftwerk. C'est autre chose, un son et des rythmes neufs, avec un savant mélange de technologie et d'images.»

Public Enemy

Fight the Power (1989)

«Dans le genre, j'hésitais avec Run D.M.C. Mais celui-ci préfigure le hip-hop américain intelligent d'aujourd'hui. On est à New York, où il y avait aussi Afrika Bambaataa, pour un disque majeur qui n'est que bruit. Une machine de guerre incroyable, avec deux platines et trois rappeurs en concert, que même les rockeurs continuent de redécouvrir. Public Enemy, ça a été une claque colossale!»

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