Martin Engström raconte son enfance, lorsque son père le mettait au lit avec des quatuors de Mozart ou Haydn. «Je me suis endormi à l'écoute de ces œuvres. C'est ainsi qu'on m'a lavé le cerveau avec la musique classique.» Cette ironie, si scandinave, dénote un esprit ouvert. Car la musique classique ne trône pas seule à son hit-parade. Nina Simone, les Beatles ont formé ses goûts, alors même que son père sculpteur et sa mère travaillant pour la radio nationale l'emmenaient au concert.

Le premier contact avec les «monstres sacrés» - terme qu'il révère - remonte à son adolescence. «Mes parents étaient amis avec la plus grande agente artistique en Suède. J'allais chercher les artistes à l'aéroport. J'ai noué ainsi beaucoup d'amitiés.» Plus tard, pendant ses études universitaires, il travaille dans un magasin de disques et se familiarise avec un vaste répertoire. «Les gens me sifflaient une mélodie, il fallait trouver l'œuvre correspondante.»

Mais le grand saut, c'est à 22 ans, lorsqu'il rejoint l'agence Opéra et Concert à Paris. Non plus la musique instrumentale et symphonique, qui l'avaient accompagné jusque-là, mais la voix. «J'ai compris qu'il y avait plus à gagner en représentant des chanteurs, car ils donnent 6 à 8 prestations en une ville contre une seule pour un musicien soliste.» Il mène par la suite ses affaires, devient l'agent de Barbara Hendricks, épouse dont il s'est récemment séparé.

En 1993, Martin Engström lance le Verbier Festival. Il aura eu raison de sa folie des grandeurs. Sa vie est là, entourée des monstres sacrés qui l'adulent pour sa générosité et son art de vivre «casual». Il n'empêche, c'est un homme pressé. En quelques mots, le Suédois esquisse une discographie façonnée par le catalogue de Deutsche Grammophon, là même où en tant que chasseur de talents, il a fidélisé une nouvelle génération de stars (Anna Netrebko, Hélène Grimaud, Lang Lang...). Entre-temps, il a quitté le label jaune pour jouir d'une vie privée plus détendue.

- Nina Simone. Sugar in My Bowl, Anthology, etc. (RCA/BMG)

«Pas un CD en particulier mais je suis très épris de sa voix depuis mon adolescence. Elle était aussi l'artiste favorite de mes sœurs.»

- Jan Johansson. Jazz på Svenska, Folkvisor, etc. Heptagon Records

«Ce pianiste suédois était spécialisé dans l'adaptation de chansons folk suédoises au jazz. Il n'a enregistré qu'une poignée d'albums avant de mourir dans un accident de voiture en 1968. Je les écoute encore avec nostalgie.»

- Wolfgang Amadeus Mozart. Variations «Ah! vous dirais-je Maman» Clara Haskil. (Deutsche Grammophon)

«J'ai reçu cet enregistrement quand j'avais 8 ans. Les Variations «Ah, vous dirais-je Maman» ont contribué à éveiller mon désir de jouer du piano.»

- Antonin Dvorak. Quintette pour piano et cordes. Arthur Rubinstein, Quatuor Guarneri (RCA/BMG)

«Ma mère m'a offert ce disque quand j'avais 18 ans: j'emménageais alors à Londres. C'est une œuvre apparemment très triste qui dégage pourtant en filigrane un ton très positif.»

- Wolfgang Amadeus Mozart. Grande Messe en ut mineur K.427. Herbert von Karajan. (Deutsche Grammophon)

«Sitôt après avoir commencé à travailler comme agent artistique pour des chanteurs à Paris en 1975, j'ai noué une relation avec Karajan. Je lui ai suggéré de faire cet enregistrement avec Barbara dont la voix était toute fraîche.»

- Wolfgang Amadeus Mozart. «Les Noces de Figaro». Karl Böhm (Deutsche Grammophon)

«Mes parents adoraient l'opéra et écoutaient souvent cet enregistrement de Karl Böhm gravé pour la Deutsche Grammophon. Ce sont probablement les vinyles les plus écoutés dans mon enfance. Plus tard, j'ai appelé mon chien Figaro.»

- Franz Schubert. Lieder. Barbara Hendricks, Radu Lupu (EMI)

«Barbara a consacré une grande partie de sa carrière à chanter des lieder. Grâce à mes contacts avec d'excellents pianistes, j'ai réussi à la présenter à Radu Lupu. Le résultat, ce sont deux splendides enregistrements parus sous le label EMI.»

- Frédéric Chopin. Concerto pour piano No.1 en mi mineur. Martha Argerich, Claudio Abbado (Deutsche Grammophon)

«Quand j'avais 14 ans, je suis tombé amoureux de Martha Argerich dont la silhouette ornait la pochette de son disque Deutsche Grammophon. Je suis allé l'écouter au concert et nous avons entamé une amitié qui m'est encore très chère.»