Le piano d'Aldo Ciccolini est à l'image de l'homme: rugueux à l'extérieur, vibrant à l'intérieur. Une fois l'écorce ôtée, c'est une tendresse infinie qui émane de ce musicien aussi discret que fougueux. Son goût de la solitude le porte naturellement à Schumann. Et son dernier disque, colossal, montre à quel point il partage des affinités avec cet univers complexe. Rares sont les pianistes qui savent sculpter une sonorité en résonance avec leur personnalité. Aldo Ciccolini est tombé amoureux des pianos Fazioli. Ce sont des instruments italiens, entièrement manufacturés, qui ont la propriété d'avoir une certaine robustesse dans les nuances forte et un timbre exquisément cristallin dans les piano. Les amateurs d'un son policé seront sans doute désarçonnés par la manière dont le pianiste aborde Le Carnaval de Vienne. Le ton est presque rageur, comme si le défilé des masques entretenait une part de frayeur. Quel aplomb! Et quelle hauteur de vue! La «Romance» dégage une pudeur désarmante. Solidement charpentée, la Grande Sonate en fa mineur opus 14 respire la même grandeur. Aldo Ciccolini y adopte un souffle large, puissant, qui n'exclut pas une attention minutieuse au détail. Le plus beau est dans cette interprétation des Scènes de la forêt. Lumière tamisée, éclairages subtils. Un modèle de simplicité et d'évidence. Une bénédiction.