Reine du fado ressuscité, nouvelle Amalia Rodrigues d'avis général, Cristina Branco est de retour, offrant une dernière chance de s'éblouir à ceux qui lui feraient l'affront de ne pas la connaître encore. O Descobridor tente l'audacieux pari de la traduction, transposant les textes de l'étrange poète néo-romantique batave J. Slauerhoff dans la langue du fado. Le portugais, idiome suave et dur à la fois, sonne toujours aussi bien dans cette voix. Custodio Castello et sa guitare nuancée l'accompagnent avec grâce. Un peu plus discrètement peut-être que dans le lumineux Corpo illuminado: on regrette parfois la chaleur de cet opus plus tardif mais paru précédemment en Suisse. Avec Slauerhoff, on aborde ici une ambiance plus nordique, plus lunaire aimerait-on dire: les élans de voix de Cristina se perdent tels des cris de mouette dans le vent, la guitare portugaise brode dans des sons plus coulés. Pourtant, Cristina l'éternelle innovatrice du fado s'est peut-être un peu rapprochée des canons originels, avec cet intrigant rimeur amoureux de Lisbonne et des rives du Tage, qu'il raconte si bien: «J'ai découvert la tragédie sociale portugaise grâce à cet auteur, dit Cristina. Avant, je me moquais toujours du fado, cette musique si triste, que je ne comprenais pas. Mais avec Slauerhoff, j'ai saisi la force que cette tristesse pouvait avoir, particulièrement au début du siècle où les gens étaient profondément déprimés par leur société.» Des poèmes torturés, parfois très beaux (traduits dans le livret), à découvrir par la voix d'un bijou vivant de la chanson.