On l'a regardée regarder Cecil Taylor, dans une salle de répétition de Manhattan, puis chanter blues dans ce petit club où elle a ses habitudes. Cheveu blanc, trajectoire zébrée, elle apparaît ça et là dans l'histoire du jazz décloisonné. Dans Songs, Lisa Sokolov chante. Donc, elle est au centre. Avec ses chuintements, vibratos choisis, intonations folk-free émancipées. Batteur consommé de la nouvelle frappe cosmopolite, alternative convaincante au jeu déglingué de Jim Black, Gerry Hemingway l'a choisie pour son projet parfait de Lieder d'après jazz. Un cycle qui ne tourne heureusement pas rond. Il a tout composé, les textes, les musiques et les légers effets électroniques qui ponctuent l'arrangement. Nonette impeccable (le guitariste James Emery, le saxophoniste Ellery Eskelin, par exemple), le groupe convoqué pour cette aventure vocalisée ne cesse d'ajouter des clauses secrètes à son mandat. D'où l'impression rare que ce Songs ne ressemble pas à un énième agrégat de new standards faussement swingués. Dans la lignée de Sheila Jordan, de Jay Clayton, Lisa Sokolov chahute les idées sues. Elle donne du sens, un sens caché en somme, à chacune de ses éruptions contrôlées. Et cet album, à mi-parcours de la complainte à guitare et du silence à la Cage, ne pourrait annoncer que l'ouverture de nouvelles pistes. Inspirantes.