Moins médiatisé que Vadim Repin ou Maxim Vengerov, Gil Shaham est peut-être le plus doué des violonistes actuels. A la fois libre et contrôlé, son archet produit un son d'une intense beauté, qui rappelle par sa pureté Arthur Grumiaux. Surtout, il possède un sens du style qui l'amène à varier la palette de couleurs selon le répertoire qu'il joue. Enregistré en concert, le Concerto de Brahms dégage un feu intense. Gil Shaham imprime une immédiateté saisissante sans sombrer dans les travers d'un jeu désarticulé. Tout est méticuleusement pensé, et c'est parce qu'il sait exactement où il va qu'il peut s'autoriser des envolées lyriques (deuxième mouvement) et une sorte d'ivresse pour le mouvement final. Claudio Abbado l'accompagne à la tête d'un Orchestre philharmonique de Berlin des grands jours. C'est en studio que Shaham a enregistré le Double Concerto avec Jian Wang au violoncelle. Si l'orchestre n'est pas aussi tranchant que dans la lecture mythique de Bruno Walter, les deux solistes forgent un terrain d'entente qui les amène à surpasser Gidon Kremer et Clemens Hagen dans un disque récent dirigé par Harnoncourt (Teldec). Plutôt que de repenser l'œuvre, ils s'attachent à en traduire le lyrisme avec passion et naturel.