John Lewis

Evolution II

(Atlantic 756783313/Warner)

Second volet d'une trilogie élégante, dont la première partie était un cheminement en solo, Evolution II évacue certains soupçons liés au jeu de John Lewis. Chevalier frondeur du léthargique third stream, directeur musical de l'indéboulonnable Modern Jazz Quartet, le pianiste né en 1920 n'est pas cet empereur du clavier bon teint qu'on croit. Au premier son de l'album, John Lewis déploie une argumentation touffue, complexe, souvent héritière de Monk. Là où ses prétentions semblent s'arrêter net aux portes d'un swing calfeutré, le géant galopin impose un sens du ciselé, des routines déviées, mécaniques enrayées. John Lewis en quartette joue à l'alpagueur. Il invite l'auditeur dans un palace de soie et de velours. Sitôt entré, c'est un labyrinthe aux couloirs parfois obscurs. La section rythmique: des colonnes inamovibles dont les contrebassistes George Mraz et Marc Johnson et le batteur Lewis Nash, puis deux guitaristes autoroutiers, Howard Collins et Howard Allen. Sur «Django», pièce captivante, les accompagnateurs alimentent la sensation de volupté. Mais John Lewis est dans l'œil du cyclone. Autour de ses phrases maîtrisées, la tornade n'est jamais loin. Il invente une sophistication brute, une échappée magique, sans abracadabra.