Un physique aussi sec qu'un bouleau et, pourtant, Ian Bostridge possède une voix. C'est elle qui fait vaciller le public car elle exprime des émotions secrètes. Le ténor anglais a étudié l'histoire et la philosophie à Oxford et Cambridge avant d'entamer une carrière de chanteur. Il est passionné par le verbe. Sensible aux métaphores et aux ruptures de ton, il perce le sens caché des mots. Voilà pourquoi ses interprétations dégagent un parfum si éloquent: elles partent du texte pour déboucher sur un vécu. Ce choix de lieder est d'autant plus beau qu'il est savamment composé: de l'absence de la bien-aimée («An die Entfernte») aux retrouvailles éphémères («Willkommen und Abschied»), en passant par la désillusion («Am Flusse»), Ian Bostridge bascule d'un état intérieur à un autre. Il colore sa voix tout en finesse, sans couper le lien avec ses émotions. D'autres ténors (Christoph Prégardien, Peter Schreier) ont des organes plus puissants. Mais Bostridge n'hésite pas à flirter avec le silence, capable de nuances extrêmement douces qui confèrent à ses lectures une dimension séraphique, hors du temps. Son vibrato, dans le premier lied, laisse supposer qu'il est aux limites de ses possibilités. Mais la suite du récital est à la hauteur de ses disques précédents – un vrai régal.