Est-ce l'isolement ou l'assaut des embruns? On ne saurait trop dire pourquoi, en musique, les îles ont systématiquement développé des traditions fortes, insolites et complexes. Le troisième album de D'Gary, commandeur de la guitare malgache, appartient à ces hauts faits insulaires. Il faut se jeter sur la quatrième pièce précieuse d'Akata Meso. D'Gary y a invité Nantha Kumar, frappeur de peaux indien, un pied dans la tradition hindoustani (les fameux tablas), un autre dans la karnatique (le tonitruant tambourin kanjira). Ce «Bobo-Drano», courte composition à toute allure, rappelle la virtuosité déchaînée du combo Remember Shakti de John McLaughlin. Semblable impression d'urgence mélodique et de clarté rythmique. Le reste de l'opus puise aux sources arabe, latine et méditerranéenne sans que jamais l'identité malgache, une des plus métissées qui soient en réalité, soit sacrifiée. Vocaux découpés à la respiration près («Resaka Marandray»), inventions guitaristiques de l'ordre du miracle («Politikinao Nahoda», «Kinetsa») et intarissable souffle percussif («Fatiky Maiky») font de cet album inattendu une fresque innovante. On dit qu'à Madagascar, l'océan danse sur D'Gary. Il faut le croire.