Ex-Big Black, ex-Rapeman et producteur au tableau de chasse impressionnant (Pixies, Nirvana, PJ Harvey, Wedding Present, Palace Brothers, etc.), Steve Albini demeure le garant d'une esthétique musicale radicale, encore et toujours réfractaire à tout confort d'écoute. Au sein de Shellac, power-trio dans lequel officie également le bassiste Bob Weston, membre de Rachel's et producteur de renom, l'Américain explore depuis 1993 la combinatoire de l'algorithme basse-guitare-batterie de manière aussi opiniâtre qu'audacieuse. Aucun effet sonore superflu, aucun tapage gratuit ne vient chahuter l'impressionnante efficacité de cette machinerie de précision: ossature décharnée, le rock de Shellac n'a retenu du hardcore de ses origines que la trame rythmique et le système nerveux, composant une suite de brûlots hargneux et tendus, dépourvus de tout effet de séduction. Ruptures rythmiques (l'étonnant «New Number Order»), sonorités âpres et revêches, l'esthétique austère du trio de Chicago fait merveille sur ce troisième album aux richesses insoupçonnées, véhicule idéal de la prose intrigante et minimaliste d'un maître des lieux à la voix acide et désabusée.