«Cupidon est malade», Am Stram Gram

Divorce, colère et sortilèges

Bien sûr qu’ils y pensent. Bien sûr que les parents qui se séparent pensent aux conséquences de cette décision sur leurs enfants. Mais peut-être ne réalisent-ils pas l’importance de l’offense? Peut-être ne mesurent-ils pas à quel point le mot «aimer» sort altéré de ce bouleversement. Dans Cupidon est malade, la Française Pauline Sales dit bien l’ampleur du choc. Elle donne même aux deux enfants du récit la possibilité de sublimer cette déception, le temps d’une journée.

Rêverie autour du Songe d’une nuit d’été, son texte est à la fois direct et racé. A la mise en scène, Jean Bellorini privilégie le côté tonique avec une proposition musicale, clownesque et musclée, voire survoltée. Trop? Disons que les cris et tremblements rendent le propos vivant, mais laissent peu de place à la complexité des sentiments.

«Ils sont ensemble pour te dire qu’ils ne le seront plus jamais, ensemble. Ils sont tout à fait d’accord pour te dire qu’ils ne sont plus d’accord sur rien.» Plus loin: «Vous ne pouvez pas faire des efforts? On ne peut pas faire comme le piano? En faire un petit peu chaque jour, de l’amour?» Tine et Robin, les enfants de la fable, sont redoutables de logique et de lucidité. Comment croire en la solidité de l’amour que les parents ont pour eux si l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre est si fragile?

Le jour J d’un mariage qui scelle une nouvelle recomposition familiale, les deux héros ripostent en orchestrant une série de sortilèges amoureux destinés à remettre les cœurs à leur place. Evidemment, le filtre s’emballe, l’anarchie s’installe. Et un comique de répétition voit Hélène, la femme que tout le monde abandonne, devenir la cible d’une triple affection. Nathalie Cuenet prête son talent à cette figure désenchantée qui titube sous le double effet de l’alcool et de la désertion. Entre rage et dépit, la comédienne griffe, mord, surprend.

A ses côtés, Pierre-Isaïe Duc est Lysandre, le vernis qui se remarie. Il est conscient des pièges de la journée, les évite avec élégance, ou presque… Mathieu Delmonté joue Bottom, l’époux dépassé qui assiste au départ de sa femme avec tristesse, mais sans détresse. La Française Aurélie Edeline prête sa douceur à Hermia, l’ex et future mariée, tandis que les enfants prennent les traits impertinents d’Olivia Châtain et Julien Gaspar.

Le tout se déroule sur un gazon de foot. Pourquoi? Sans doute pour l’idée de compétition ou le côté fédérateur de ce sport. Comme ces rengaines un peu tartes et sucrées que les comédiens chantent accompagnés par deux musiciens présents sur le plateau. Jeu, chant et grands mouvements: le spectacle, qui fait une belle place aux enfants, déménage. Mais plus de répits aurait permis plus d’empathie.

Cupidon est malade, jusqu’au 16 nov., Théâtre Am Stram Gram, Genève, www.amstramgram.ch