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«Dix pour cent» est déjà une institution française

La série sur les coulisses du show-business revient ce dimanche sur la RTS. La où le cinéma hexagonal du rire s’enfonce, elle perpétue une forme de génie national français de la comédie

Jean Dujardin a perdu la tête. Jouant le rôle d’un militaire français de la guerre de 1914-1918, il reste bloqué dans le personnage, se terrant dans une baraque de son jardin, pouilleux et puant, en uniforme d’époque. Ainsi commence, entre autres complications, la troisième saison de Dix pour cent, la série la plus goûteuse du paysage français actuel. Elle revient dimanche sur la RTS, avant France 2 dès le 14 novembre.

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Chronique toujours agitée des journées d’une agence artistique, Dix pour cent repose sur ses personnages récurrents, qui se concurrencent dans la truculence, et les vedettes invitées, lesquelles se laissent pousser plus ou moins loin dans l’autodérision. Jusqu’ici, outre les pitreries des occasionnels de luxe, les amateurs ont suivi l’accession de Camille (Fanny Sidney) au rang d’agente – avec toutes ses preuves à faire –, la pétaradante maternité d’Andrea (Camille Cottin), ainsi que le début des manœuvres du nouvel actionnaire, interprété par Assaâd Bouab.

Ces enjeux sont posés au seuil de la troisième saison, ils courent en arcs de fond avec en devanture, selon la formule consacrée de la série, les anecdotes capricieuses des stars. Avec Jean Dujardin, la nouvelle livraison commence fort. Une manière, peut-être, de redresser la barre de l’audience, déclinante au long de la saison 2. Suivent notamment Isabelle Huppert, Monica Bellucci, Gérard Lanvin et Pierre Niney, ainsi que Julien Doré, de retour.

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La fiabilité du comique

A Canneseries au printemps dernier, Dominique Besnehard, agent d’acteurs fameux qui a initié et inspiré la série, résumait le projet du troisième volet: «Dans la première saison, il fallait établir ce principe des acteurs jouant de vrais rôles. Dans la deuxième, nous mettions l’accent sur le destin des agents; et dans la troisième, on essaie de mélanger.» A voir les premiers moments, le mécanisme fonctionne toujours aussi bien.

Dix pour cent est à la comédie ce que la boulangerie française est à la gourmandise: une institution toujours fiable, qui ne déçoit pour ainsi dire jamais. Le talent comique des auteurs emmenés par la scénariste Fanny Herrero, qui a planché sur Un village français et Fais pas ci, fais pas ça, conserve toute son efficacité. Alors qu’au chapitre de la comédie, le cinéma hexagonal s’enfonce dans des formules plus éculées et plates les unes que les autres, le laboratoire télévisuel offre une authentique maison du rire, qui plus est, basée sur la mise en abyme du show-business.

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Les névroses d’acteurs, bonne matière

Dominique Besnehard raconte: «J’ai été agent durant vingt ans, j’ai vécu les névroses des acteurs… J’avais ce théâtre sous les yeux, et c’est une matière inépuisable. Mais il a fallu sept ans pour monter la série. On nous disait, quel est l’intérêt, en quoi cela va-t-il intéresser la France profonde? En plus, pendant longtemps, j’ai voulu insister sur l’importance croissante de la TV. On me rétorquait que si un acteur de cinéma passait à la TV, c’était fini.»

A présent, ce sont les vedettes de cinéma qui défilent dans les bureaux de l’agence du feuilleton, en s’y grimant eux-mêmes, pour mieux rire de la vacuité de leurs soucis quotidiens. Le ton choisi, plus subtil qu’il n’y paraît, valorise les vedettes et leurs états d’âme sans les idolâtrer par effet de loupe. Les comédiens courtisés pour animer les épisodes semblent venir devant les caméras pour rire vraiment, pas pour se mettre en scène à nouveau, comme toujours. La moquerie ambiante tranche avec les parades annuelles sur un tapis rouge de la Côte d'Azur.

Une satire légère, une plaisante parodie

Dix pour cent n’est ni fade ni acide. Elle pratique une satire légère, une parodie à la façon d’une plaisante farce au théâtre que l’on verrait entre amis contents d’être ensemble, réjouis par la perspective d’un bon repas après la représentation. Il y a de la tradition et de la culture dans les répliques cinglantes de ces héros, dans le caractère de ces personnages récurrents si typiques. Une forme de génie national du rire qui, méprisé au cinéma, se réfugie sur le petit écran, et le grandit.


«Dix pour cent». RTS Un, dès dimanche 28 octobre, 22h40. Sur France 2 en début de soirée dès le 14 novembre.

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