Antonio Hodgers

39 ans, conseiller d’Etat genevois

L’idée dépassée. La croissance infinie. Le monde occidental ne peut plus compter sur le modèle de la «forte croissance économique», issu des Trente Glorieuses, pour résoudre ses problèmes d’emploi, d’inégalités et de vieillissement de la population. Les recettes d’hier ne fonctionneront plus demain. Une croissance économique infinie basée sur une consommation intensive de ressources fossiles finies est une chimère.

L’idée porteuse d’espoir. La sobriété volontaire. Vivre mieux, plus heureux, avec moins de consommation matérielle, est le principal défi culturel et économique de nos jours. Au niveau personnel, ceci implique de mieux considérer les valeurs immatérielles (notamment la famille, les amis, la culture, la santé, la solidarité et le temps libre) comme clé de notre réussite sociale au lieu d’objets chers et inutiles censés masquer notre déficit de reconnaissance sociale et combler notre solitude.

Leyla Belkaïd Neri

44 ans, experte en gestion du patrimoine historique et artistique des marques de luxe et chercheuse en anthropologie du design

L’idée dépassée. Surannée, l’idée d’appartenance à un lieu et à une culture uniques, dans un monde transnational où les personnes, les imaginaires et les artefacts sont en perpétuel mouvement.

L’idée porteuse d’espoir. A l’heure où des pratiques créatives aux géographies encore méconnues germent aux quatre coins de la planète, l’idée du changement se love au creux d’objets Zashadu, accessoires de mode apparemment anodins qui circulent depuis peu entre Lagos et Londres. Zainab Ashadu, la designer qui les a imaginés, comme les artisans qui les ont façonnés et les cuirs rares qui les composent, viennent de la région secouée par les exactions de Boko Haram, au nord du Nigeria. Le design qui réconcilie les matériaux de la nature et de l’histoire fait naître l’espoir de lendemains à la fois vernaculaires et cosmopolites.

Metin Arditi

70 ans, écrivain, envoyé spécial de l’Unesco pour le dialogue interculturel

L’idée dépassée. Entre Israël et la Palestine, la paix est illusoire. Une solution à deux Etats est matériellement impossible. Des colonies ont été construites en Cisjordanie et dans la partie arabe de Jérusalem, aujourd’hui peuplées de près d’un demi-million d’habitants qui revendiquent un droit historique et religieux à cette terre. Comment un gouvernement israélien pourrait-il les déloger sans provoquer une guerre civile? La solution alternative serait celle d’un seul Etat. Alors sa majorité serait arabe. Fini, le rêve d’un Etat juif. Quel gouvernement israélien accepterait cette issue? Il y répondrait en sacrifiant la démocratie. Il y aurait des citoyens de deuxième rang. Ce serait l’horreur.

L’idée porteuse d’espoir. Une paix entre Israël et la Palestine serait porteuse d’un immense espoir pour le monde entier. Et la solution à deux Etats est la seule digne de la Palestine et de ses droits comme d’Israël et de son héritage démocratique et spirituel. Moi, je crois au Père Noël. Après tout, Noël est né là-bas…

Denis Duboule

59 ans, professeur de génétique à l’Université de Genève et à l’EPFL

L’idée dépassée. L’idée d’une démocratie directe à la Suisse me semble dépassée, loufoque et nuisible. D’accord, votons sur le Cenovis ou le cervelas dans les cantines, mais laissons donc certaines décisions stratégiques à ceux qui nous représentent, ceux que nous avons élus dans l’espoir d’une vision politique à long terme. «Le peuple a toujours raison»: Taratata… Les Suisses romands ont souvent tort, alors?

L’idée porteuse d’espoir. Dans l’ordre: la légalisation du diagnostic préimplantatoire, les vols touristiques en orbite et la démocratisation du caviar. Le premier pour moins de souffrances et de drames évitables, pour une sortie progressive du Moyen Age. Les seconds pour offrir le voyage à tous les Pères Noël des familles et autres barbus pontifiants donneurs de leçons de morale portative qui s’opposent au premier. Le caviar béluga, ce sera pour moi.

Isabelle Graesslé

56 ans, directrice du Musée international de la Réforme

L’idée dépassée. Dans notre société crépusculaire, l’idée de progrès me semble devoir être reléguée au magasin des idées dépassées: sorte de fuite en avant au service d’une illusoire toute-puissance, le progrès laisse à penser que notre monde pourrait, si on s’en donnait la peine, aller de mieux en mieux. Alors que nous sommes, de toutes parts, proches d’une catastrophe annoncée. Alors que le découragement nous guette car à quoi bon lutter contre les déterminismes clos…

L’idée porteuse d’espoir. Pourtant, l’inévitable n’est pas toujours certain. A condition de prendre conscience d’être au seuil d’un passage de civilisation. Un passage qui sera comme une épreuve et une initiation: lâcher ses bagages, avancer avec courage vers les interstices d’un nouveau monde et découvrir l’inouï et l’oublié, matrice commune à l’humanité, la lumineuse présence au cœur de l’humain.

Manon Schick

40 ans, directrice d’Amnesty International Suisse

L’idée dépassée. La peine de mort. Lors de crimes épouvantables comme au Pakistan, des voix s’élèvent pour plaider le retour de la peine de mort. Mais malgré des retours en arrière regrettables, la tendance depuis plusieurs décennies est absolument claire: la peine de mort va disparaître. 70% des Etats dans le monde l’avaient abolie en 2014.

L’idée porteuse d’espoir. La justice internationale, qui en est encore à ses balbutiements, souffre d’erreurs de jeunesse – par exemple sa focalisation sur l’Afrique, ou ses blocages par le Conseil de sécurité qui refuse de charger la Cour pénale internationale d’enquêter sur les crimes commis en Syrie – mais c’est certainement l’idée qui va révolutionner le monde. Qui aurait pu imaginer il y a quinze ans qu’un jour, un chef d’Etat en exercice serait poursuivi pour crimes de guerre? C’est aujourd’hui réalité. Il ne reste plus qu’à l’appliquer en 2015…

Nelly Niwa

35 ans, architecte-urbaniste, cheffe de projet à l’Université de Lausanne

L’idée dépassée. La vision simpliste d’un monde constitué de catégories pures et hermétiques me semble dépassée. Il y a une démarcation forte entre la nature et la société, l’agricole et l’urbain, les techniques et les sciences humaines, la recherche et la vie de tous les jours… Cette conception engendre des problèmes environnementaux, entraîne des innovations sujettes à controverses, alimente nos angoisses et participe à un sentiment de dépossession de nos ­existences.

L’idée porteuse d’espoir. Les crises sont autant d’opportunités de changement. Les circuits courts entre producteurs et consommateurs, la transition énergétique et la nécessité de développer des innovations à la fois sociales et techniques, les recherches-actions où les chercheurs et la société collaborent, sont autant de mises en relation qui nous permettent de nous réapproprier notre monde, dans toute sa richesse… Vivement demain!

Catherine Vasey

43 ans, psychologue, spécialiste du burn-out

L’idée dépassée. Aller vers le toujours plus, toujours mieux. Nous vivons dans un environnement qui nous distrait constamment de ce qui est essentiel. Nous souffrons d’un excès d’objectifs à atteindre. Nous sommes submergés, l’idée même de tout ce qu’il faut encore faire nous empêche de profiter du moment présent.

L’idée porteuse d’espoir. Revenir à soi… C’est lorsque «je m’accepte telle que je suis, dans l’instant, que je ne cherche pas à correspondre à une image idéale, je sens mon élan intérieur, je me sens intime avec moi-même, comme à la maison, l’esprit léger et libre de préoccupations». Chacun d’entre nous a ses portes d’entrée vers soi: contempler la vue du sommet d’une montagne, flâner au bord du lac, exercer une activité physique qui nous met dans notre corps, bénéficier de l’écoute privilégiée d’un ami, écouter de la musique, prendre soin de soi. Lorsque nous avons l’impression de manquer de temps, n’est-ce pas plutôt le signal d’un manque de contact avec soi-même?

Frédéric Kaplan

40 ans, professeur de Digital Humanities à l’EPFL

L’idée dépassée. Le futur. Au XXe siècle, nous rêvions de l’an 2000 et nous voulions des voitures volantes. Depuis, nos horizons temporels n’ont fait que rétrécir. Nous sommes en panne d’imaginaires. Le présent prend aujourd’hui toute la place, documenté seconde par seconde. Toutes les grandes narrations sont mortes. Nous ne savons plus où nous allons.

L’idée porteuse d’espoir. Le passé. Le passé, c’est la nouvelle frontière, un espace immense encore largement inexploré. Tout reste à cartographier et à reconstituer. La numérisation des archives et les nouvelles technologies vont nous permettre de naviguer dans le passé aussi agilement que dans notre présent. C’est en le redécouvrant que nous retrouverons le sentiment de la longue durée et peut-être que nous pourrons de nouveau commencer à penser à notre futur.

Caroline Coutau

48 ans, directrice des Editions Zoé

L’idée dépassée. Trierweiler et Zemmour escamoteraient tous les autres. Le numérique pourrait faire du mal à la lecture. Les bonnes séries télé, alerte rouge: je regarde le premier épisode d’une première saison et je ne pense plus qu’à ça. Dès que j’ai plus de 45 minutes devant moi, vite savourer le générique, sa musique, ses astuces, ses promesses. C’est jouissif. Mais je remarque une drôle de lourdeur dans cette addiction, un peu pigeon peut-être? Alors que si je suis, au hasard, dans L’Arrangement (cet été), dans L’Infini livre (ce printemps) ou dans Le Royaume (cet automne), l’addiction est un ravissement total, enlevée que je suis du côté de la légèreté et d’un éveil profond.

L’idée porteuse d’espoir. Le livre, dans les pays européens, est paraît-il en tête des cadeaux les plus offerts, c’est en outre le présent le plus souhaité, on le préférerait à un billet de 100 francs.