Il a réussi l’exploit d’entremêler le Celebration de Kool & the Gang et le Song 2 de Blur, à savoir un hymne disco américain et une déflagration punk des hérauts de la britpop. Il a aussi fait hurler JoeyStarr sur la Marche impériale composée par John Williams pour la saga Star Wars, et est même parvenu à fusionner The Cure et Téléphone, de même que Rage Against The Machine et Shaggy.

DJ Zebra n’a de disc-jockey que cette double lettre qui accompagne son nom de scène. Antoine Minne, tel qu’il est né en 1971, n’est en effet pas un pousse-disques comme il y en a tant, encore moins un de ces mercenaires qu’engagent les clubs pour s’assurer une soirée sans surprise, entre house commerciale et disco insipide. Zebra, c’est un bootlegger, un contrebandier musical qui pratique l’art ô combien périlleux de détourner des airs connus en plaquant une voix piquée à un morceau sur des instrumentaux empruntés à un autre. Apparue au début des années 2000, la scène bootleg – ou mashup, appellation qu’il aime moins car elle n’induit pas cette notion de piraterie – est pour lui «le seul mouvement véritablement novateur de cette décennie de recyclage que furent les années 2000».

Alter ego romanesque

Ce Français dorénavant installé à Genève vient de lancer à Lausanne, au D! Club, le Pirate Music Club. Depuis septembre, il propose mensuellement des soirées 100% bootlegs qui ne devraient pas manquer de désarçonner une partie des clubbers, tant il peut être surprenant de commencer à danser sur un rythme familier avant qu’une voix venue d’ailleurs l’emmène dans une direction opposée, comme lorsque Cali se met à chanter sur le Sunday Bloody Sunday de U2.

«Une fois, j’ai provoqué une baston avec un bootleg que je n’avais pas créé moi-même, raconte-t-il. On y entendait NTM et Trust, ce qui ni les rappeurs ni les rockeurs n'ont apprécié… Et lors du dernier Nouvel An, que j’ai animé à Lausanne, au No Name, pour mes amis de 120 minutes, une fille est venue me voir en hurlant lorsqu’elle a entendu un détournement d’Amy Winehouse: «Tu l’as déterrée et tu l’as salie!» Je prends ce genre de remarque comme un compliment, car je m’attends à ce que certains bootlegs choquent.» Lui-même est parfois étonné de l’audace de ses complices en contrebande. «Quand un pote m’a dit qu’il s’attaquait à Prince et Bruel, j’ai trouvé que c’était quand même violent.»

Zebra a eu envie de raconter de l’intérieur l’émergence de cette scène qui aura eu le don d’horripiler une industrie du disque alors en pleine crise. Il aurait pu écrire un livre à la première personne, mais a préféré s’inventer un alter ego et opter pour la forme romanesque. Entrecoupé d’extraits de véritables articles de presse et d'interviews, son livre, Iggy Salvador, raconte l’histoire du bootleg à travers le destin d’un DJ qui, forcément, lui ressemble.

«Avec ce roman, j’ai pu aller plus loin que dans une autobiographie. Et j’aime l’idée qu’on ne sache pas vraiment ce qui est vrai ou non.» Comme lorsque Iggy Salvador se déshabille sur scène durant un set proposé en première partie d’un concert d’Iggy Pop… «Zebra, c’est mon exutoire. Quand je suis derrière les platines, je peux être une vraie pile électrique, mais je vous promets qu’Antoine Minne est calme et posé», rigole-t-il.

Résistant avant tout

Pour être un bon bootlegger, il faut connaître les harmonies et maîtriser le solfège, poursuit le Français. «J’ai vu des DJ électros se casser les dents à essayer d’en faire.» Antoine, lui, est un enfant du rock. Bassiste et guitariste, il a dans une première vie fait partie des groupes Billy Ze Kick (le tube Mangez-moi! Mangez-moi!) et Gamins en Folie. Mais d’aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours eu l’âme d’un DJ. «Mes parents m’ont raconté qu’à 2 ans j’adorais déjà regarder les vinyles tourner.»

Devenu DJ, Zebra se fera un nom lorsque son tourneur, qui organise les concerts des Foo Fighters, White Stripes et autres Arctic Monkeys, lui permettra de se produire durant des soirées rock. «A un moment donné, j’aurais pu me faire du fric, accepter des commandes, voire me compromettre. Mais j’ai préféré rester un résistant, avec ce parti pris de toujours me saborder. J’ai fait treize ans de radio commerciale mais ai été viré huit fois…»

Dans le même temps, il joue régulièrement devant des foules considérables, comme lors du festival des Vieilles Charrues ou à Solidays, où il sera un soir de 2006 rejoint sur scène par Cali et Mathias Malzieu (Dionysos). Et cet été, c’est sur la grande scène de Paléo qu’on a pu l’apercevoir, lorsqu’il a été appelé à la rescousse par Stephan Eicher, qui s’était vu confier à la dernière minute la tâche de monter un spectacle pour pallier la défection de Shaka Ponk.

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Mais son coup de maître, dit-il, reste ce Joey Starr Wars que le DJ rap Cut Killer intégrera dans son set, tout comme Laurent Garnier lui avait demandé le droit d’utiliser son improbable et génial Killing Boombastic, pour faire se rencontrer Rage Against The Machine et Shaggy. Autant de classiques du bootleg qu’il jouera peut-être ce vendredi au Chat Noir de Carouge, pour une soirée Pirate Musical Club délaissant exceptionnellement Lausanne.


Profil

1971 Naissance dans la Somme.

1993 Intègre le groupe Billy Ze Kick.

1997 Devient DJ Zebra.

2003 Début de sa carrière radio sur Oüi FM, suivront notamment France Inter et Virgin.

2019 Publie «Iggy Salvador» aux Editions Zebramix/Publishroom Factory, lance à Lausanne les soirées Pirate Music Club.