Il faut le voir, le minuscule Marcello (Marcello Fonte, Prix d’interprétation masculine à Cannes) dans sa boutique minable d’un quartier sinistré de la banlieue napolitaine: le chétif gringalet affronte des dogues furieux plus grands que lui. A force de patience, il réduit les fauves en bons gros toutous qui ronronnent d’aise lorsqu’il les passe au sèche-cheveux à leur en faire flap-flapper les babines.

Alentour rôde malheureusement un molosse pire que ces canins: Simoncino, un colosse brutal et demeuré qui terrorise le voisinage. La terreur du quartier a choisi Marcello pour confident, souffre-douleur, dealer de coke et complice de ses infractions. L’affable toiletteur de chiens subit l’autoritarisme, les colères et les coups de son compère. Jusqu’à ce qu’il se révolte…

Chihuahua givré

Adepte du réalisme social, Matteo Garrone s’est fait connaître internationalement avec Gomorra, consacré à la mafia napolitaine. Ont suivi, dans la veine du naturalisme satirique, Reality, ou comment un poissonnier se fait flouer par une émission de téléréalité, et Tale of Tales, adaptation baroque de quelques contes napolitains. Avec Dogman, le cinéaste revient de ce côté-ci de la réalité, dans les zones urbaines décrépites qu’il apprécie, et tire le fait divers en direction de la fable, quand le souriceau rosse le lion, sans lésiner sur la cruauté.

La ruse supplée à l’intelligence et Marcello finit par tenir sa vengeance – ou sa délivrance. Jusqu’alors voué à la serviabilité et à la bonté (quitte à retourner sur les lieux d’un cambriolage tirer un chihuahua du congélateur où le cruel Simoncino l’a enfermé…), le petit bonhomme à peine affranchi de son tourmenteur semble échouer dans un no man’s land, comme s’il s’était exclu de l’humanité.


Dogman, de Matteo Garrone (Italie, France, 2018), avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, 1h42.