classique

Des doigts voltigeurs riches en poésie

A 19 ans, le jeune pianiste anglais Benjamin Grosvenor affiche une liberté de ton singulière

Genre: classique
Qui ? Benjamin Grosvenor
Titre: Chopin, Liszt, Ravel
Chez qui ? (Decca/Universal)

Il a 19 ans, il doit encore mûrir, mais Benjamin Grosvenor n’est pas n’importe quel pianiste. On sent une personnalité à l’œuvre. Evidemment, il y a de quoi être sceptique à une époque où les majors lancent de jeunes virtuoses à tort et à travers, pour leur physique plutôt que pour leur talent, mais une voix singulière s’exprime.

Tout d’abord, Benjamin Grosvenor a un vrai sens du cantabile . Il suffit d’écouter les trois Nocturnes de Chopin et toutes les sections médianes des Scherzi (ces parties plus lentes) pour apprécier sa sensibilité. Le jeune pianiste sait modeler une phrase, lui conférer une courbe. Il joue de manière très libre et fluide, sans pathos, varie les éclairages avec art. Les deux Chants polonais de Chopin transcrits par Liszt sont joués avec cette même légèreté teintée d’une touche de nonchalance qui rappelle l’art de certains pianistes d’autrefois.

On regrette que Benjamin Grosvenor se laisse griser parfois par sa virtuosité. Le 1er Scherzo est joué si vite qu’on frise le numéro de prestidigitateur. Il cabotine par instants, gommant tel accent, introduisant tel diminuendo artificiel (début du 2e Scherzo ). Mais ailleurs, le flair et la fraîcheur sont irrésistibles (2e et 4e Scherzi ) . Dans Gaspard de la nuit de Ravel, Benjamin Grosvenor s’appuie sur une riche palette de couleurs. Il dessine une «Ondine» aux chatoiements fins et séducteurs (presque trop), cerne la torpeur du «Gibet», aborde «Scarbo» de manière plus facétieuse et fougueuse que véritablement noire. Gageons qu’avec le temps ce jeune pianiste saura approfondir encore son art.

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