Avec ce court texte très personnel où l'urgence de dire tente de conjurer la panique, Dominique Muller revient dans la collection Solo qu'elle avait inaugurée en 1998. Réveillée par le souffle haletant, «prêt à s'enrayer, à s'arrêter en douce», de l'homme qui dort à ses côtés, la narratrice appelle le Samu. Tout son soliloque éperdu retrace les minutes suivant cet appel, jusqu'à l'admission en réanimation de celui qui n'est plus qu'un corps à réparer. Il suffit que le 15 ne réponde pas tout de suite, que les types du Samu tardent à arriver, que l'attente se prolonge dans le couloir de l'hôpital pour que l'angoisse exacerbe sa perception des choses. Quoique tout se passe en son for intérieur, la verve intarissable dont elle fait preuve vise à maintenir à tout prix un lien d'intimité avec son compagnon inconscient. Elle convoque les moments heureux partagés à Venise, le souvenir d'une croisière ratée aux Lofoten et, comme Proust faisait surgir un monde d'une madeleine, elle s'ingénie à réhabiliter sa personne à partir de sa casquette, son seul fétiche dans «un monde inversé où les heures tournent à l'envers». La fin en suspens de ce texte n'ôte rien à son caractère contagieux.