chanson

Dominique A, regain d’optique pop

Le neuvième album impressionnant du Français ponctue vingt ans d’un parcours tout en contrepoints et clairs-obscurs

Genre: CHANSON
Qui ? Dominique A
Titre: Vers les lueurs
Chez qui ? (Cinq7/Disques Office)

Ombre et lumière dans un même allant. A l’enseigne de Vers les lueurs, neuvième album impressionnant, Dominique A n’étouffe ni le feu ardent de ses noirceurs habituelles, ni ses propensions à respirer le grand air. Derrière la naïveté affichée par la pochette verdoyante inspirée du Douanier Rousseau, le chanteur qui se voit davantage comme un «atmosphériste» qu’un «mélodiste» relie sans peine ces deux penchants musicaux. Rockeur côté cour et peintre côté jardin. Et Vers les lueurs de voir fleurir les mariages harmoniques et chromatiques.

Le concours d’instruments à vent vient ainsi d’emblée aérer le propos et gratter une peau plutôt griffée pop-rock. Sonnez hautbois, résonnez cors anglais, clarinette, basson et flûte pour planter le décor de «Contre un arbre», avant de venir télescoper une section rythmique rock’n’roll et d’entendre une voix, lyrique puis abrupte, asséner: «Oublie la ville/Oublie la vitesse/Oublie l’agression verbale/Contre un arbre.» La tonalité est claire. Les couleurs et les humeurs aussi quand répondent aussitôt les vers périlleux d’une sorte de manifeste de la désolation industrielle: «Rendez-nous la lumière/Rendez-nous la beauté/Si le monde était beau/Nous l’avons gâché.» Partout, Vers les lueurs évoque tensions et échappatoires, fureur et silence, passions et désillusions, anxiété et sérénité, villes et campagnes au cœur d’une nature figurant souvent les inclinations de l’âme humaine.

A peine consommé les vingt ans de son parcours célébré par la réédition revue, corrigée et agrémentée d’inédits des huit chapitres métaphoriques de sa vie musicale, que le grand escogriffe de la chanson pop repart donc de plus belle au charbon. L’inscrivant, comme de coutume, en contrepoint de son précédent enregistrement. A l’Arte povera de La Musique/La Matière conçu en solitaire (2009), (par) achevant un cycle avec force boîtes à rythmes en miroir à la frugalité orchestrale de ses débuts, Dominique A répond donc en groupe en dépeignant de luxuriants espaces. Tel Andrew Bird récemment, il concilie des délicatesses ou préludes manière Debussy à des élans free-jazz en plein paysage pop.

A se piquer ainsi de formes classiques ou expérimentales (fusionnées brillamment dans les 9 minutes d’un «Convoi» aux faux airs de Manset), il gagne en fluidité. Même quand l’élan est aux saturations électriques («Parfois j’entends des cris», «Close West», «La possession»), Vers les lueurs pense à ­reprendre son souffle ou à s’engouffrer dans des voies de traverse. Alors que la circulation sonore est effrénée surgissent d’habiles accalmies, dont la magnifique ode amoureuse «Parce que tu étais là», le chagrin «Ce geste absent» ou les lancinants et elliptiques «Par les lueurs» et «Ostinato» – référence au procédé de composition axé sur la répétition d’un thème à l’instar de son morceau ou invention d’un paradis perdu à l’image de l’«Antaimoro» de L’Horizon (2006) dont le cadre d’inspiration était le Groenland? Plus terre à terre, «Vers le bleu» soigne sèchement une blessure du cœur en réveillant des souvenirs d’enfance.

En brassant registres et humeurs sur un lexique naturaliste et optique, Dominique A renouvelle son art en douceur et surprend encore par un inné dosage de lyrisme mélodique et de tranchant rythmique. Son chant, enfin, fait montre d’une insensée grâce poétique («Loin du soleil» et «Quelques lumières»). Les lueurs éblouissent parfois.

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