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Simon Keenlyside campe avec brio un Don Giovanni veule et débraillé.
© CAROLE PARODI

Lyrique

«Don Giovanni»: la musique d'abord 

L’opéra de Mozart est servi par un OSR et des chanteurs engagés, sous la baguette vivifiante de Stefan Soltesz. La mise en scène de David Bösch, elle, ne convainc pas

Dès le premier accord, lancé comme un coup de poing douloureux, on sait que la musique sera la véritable maîtresse du Don Giovanni qui clôt la saison du Grand Théâtre de Genève. Stefan Soltesz et l’OSR le prouvent tout au long du spectacle, tant le feu sec, la tension rageuse, l’équilibre des pupitres et la densité du discours tiennent l’ouvrage serré.

Ecouter l’opéra de Mozart les yeux fermés? Oui, pour en savourer la vitalité narrative et la verdeur presque baroque des sonorités, qui trouvent leur parfait déploiement dans la salle boisée de l’ODN. Non, pour profiter du jeu engagé des chanteurs dont Simon Keenlyside tient à lui seul l’essentiel du plateau.

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Jeu décomplexé et électrique

Le baryton irlandais pousse le rôle-titre à ses limites dans un jeu décomplexé et électrique. Sa voix? Elle conserve une prestance et une projection magnifiquement maîtrisée, à un âge où certains endossent des personnages de pères ou de monarques.

Simon Keenlyside a tout pour camper le rôle. Physique sportif et séduisant sur un jeu alerte et insaisissable. Acteur dans l’âme, le chanteur développe à l’extrême la perversité du cocaïnomane, violeur en série et alcoolique.

Grâce à lui, la figure caricaturale voulue par le metteur en scène atteint un sommet de veulerie: le dévoyé vire au débraillé sans foi ni loi, plus victime de ses addictions que manipulateur. Aucune grandeur rebelle dans ce prédateur qui capture ses proies au polaroïd. Seulement une forme de banalité désolante.

Une direction d’acteurs relâchée

L’idée se défend. Mais le «Dissolu puni» résiste au metteur en scène David Bösch, qui accumule les pistes sans ligne directrice. Pourquoi un théâtre désaffecté envahi d’herbes sèches alors que rien ne vient donner de sens au décor figé dans sa beauté poussiéreuse?

Traiter le dramma giocoso en opéra-bouffe? Un défilé de femmes épuisées agitant les drapeaux de leur pays (dont celui de la Suisse) ou des déhanchements de Saturday night fever sous des lumières de boules à facettes ne suffisent pas à sortir l’ouvrage de son lit de drames.

D’autant que la direction d’acteur s’avère relâchée et la définition psychologique superficielle, chacun chantant de son côté sans grand lien avec ce qui se dit ou se joue.

Retendre les ressorts

Il faut donc une belle force de conviction pour retendre les ressorts de la mise en scène. Les solistes s’y attachent vaillamment. David Stout offre à Leporello l’abattage du bon vivant sur une voix sanguine et un grain boisé.

Ses collègues masculins tiennent solidement la rampe, avec un Masetto juvénile (Michael Adams), un Commandeur résonnant (Thorsten Grümbel) et un Don Ottavio un rien empesé (Ramon Vargas).

Du côté des femmes, on tient un brelan de reines. Myrto Papatanasiu compose une Elvira séduisante, Patrizia Ciofi, une Anna d’une grande finesse et Mary Feminear, une Zerline de tempérament. Autant dire des personnalités féminines dominantes…


ODN, les 8, 11, 13, 15 et 17 juin. Rens.: 022 322 50 50, Geneveopera.ch

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