Poésie

«Le don du poème, est-ce donc le pouvoir de faire-des-vers?»

Le Cahier rouge renferme le brouillon inédit des «Nuits florentines» de Marina Tsvetaeva

Aux Editions Clémence Hiver on avait déjà pu lire, dans un merveilleux petit coffret, Neuf lettres avec une dixième retenue et une onzième reçue. Le point de départ en est une correspondance avec l’éditeur Abraham Vichniac. Il en naquit une sorte de nouvelle, intitulée, d’après Heine, Les Nuits florentines. Le Cahier rouge en donne un brouillon inédit, incandescent. Qu’on en juge:

«Mon don, est-ce moi, ou même à moi? C’est aussi en moi, hors de moi, au-delà de moi que Beethoven (toutes proportions terrestres gardées). Le don du poème, est-ce donc le pouvoir de faire-des-vers? C’est le devoir de les faire, l’impossibilité de ne les faire pas. «Au pied de l’échafaud, j’essaye encore ma lyre»… C’est une autre qui veut que je les «fasse». C’est quelque chose qui veut être (naître) par moi. Non, reprenons le don et laissons-lui le «nom». Que peut contre l’orgueil d’une race l’amour, l’indifférence ou le mépris d’un seul humain? d’un isolé humain? Car l’homme, ici, est seul quoique innombrable. Le nombre ne fait pas la race, on peut être un millier de seuls, une masse de seuls, des seuls en masse, comme on peut être une race à trois et même à un. Ce n’est ni l’amant, ni l’ami, ni l’aîné, ni…» (le texte est inachevé).

André Chénier a hanté Pouchkine. Marina, au pied d’un autre échafaud, essayait encore, elle aussi, sa lyre…

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